Le dupilumab au chevet des dermatites atopiques modérées à sévères

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Les lymphocytes T auxiliaires Th2 , qui jouent un rôle déterminant dans le mécanisme immunitaire de la dermatite atopique, sont sous l'influence directe de plusieurs cytokines, notamment l'interleukine 4 et 13 (IL-4 et IL-13). Le dupilumab est un anticorps monoclonal humanisé dirigé contre la sous-unité alpha que partagent les récepteurs de l'IL-4 et de l'IL-13.

Les essais cliniques conduits jusqu'à présent (phase I et phase IIa) ont montré l'intérêt du dupilumab dans le traitement de la dermatite atopique, de l'asthme ou de la sinusite chronique avec polypose nasale. Les investigateurs viennent de publier les données de deux études de phase III.

Méthodologie

  • Deux essais de phase III multicentriques (pays d'Amérique, Europe, Asie) - SOLO 1 et SOLO 2 - ont été conduits entre 2014 et 2015. Ces études randomisées conduites en double aveugle contre placebo ont évalué le dupilumab chez des adultes atteints de dermatite atopique modérée à sévère (score IGA 3 ou 4) et dont les symptômes n'étaient pas contrôlés par les traitements habituels depuis au moins trois ans. Les deux essais étaient similaires et ont été décidés pour s'assurer de la répétabilité des résultats.

  • Les patients devaient appliquer des topiques hydratants pendant 7 jours au moins avant la randomisation. Ils étaient ensuite randomisés dans un des trois groupes durant 16 semaines : dupilumab 300 mg par voie sous-cutanée une fois par semaine, dupilumab 300 mg par voie sous-cutanée toutes les deux semaines en alternance avec le placebo ou placebo toutes les semaines. Dans les deux bras expérimentaux, les patients recevaient initialement une dose de charge de 600 mg. Le recours à des traitements topiques en cas de symptômes gênants était autorisé.

  • Une évaluation clinique et biologique (analyses sanguines) était conduite toutes les semaines durant la période de traitement.

  • Critère principal d'évaluation : proportion de patients ayant un score IGA de 0 ou 1 et amélioration d'au moins deux points à S16.

  • Critères secondaires d'évaluation : amélioration du nombre moyen hebdomadaire de prurit, proportion de patients ayant amélioré leur score EASI-75 de 75% au moins à S16 (score EASI-75 évaluant la sévérité et l'étendue de l'érythème, compris entre 0 et 72, score maximal de sévérité), amélioration à 16 semaines des scores EASI-75, SCORAD, GISS, POEM, et des scores HADS et DLQI (qualité de vie). Les données de sécurité et de tolérance étaient aussi recensées et analysées.

Résultats

  • Au total, 671 patients ont été inclus dans l'étude SOLO 1 et 708 dans l'étude SOLO 2. Dans chacune d'elles, la sévérité de la dermatite atopique était pour moitié modérée (IGA 3) et pour moitié sévère (IGA 4).

  • Dans ces deux études, le critère principal d'évaluation était respectivement atteint par 37% et 36% des patients traités par dupilumab toutes les semaines, par 38% et 36% de ceux traités toutes les deux semaines, contre seulement 10 et 8,5% des patients sous placebo (p< 0.001 dans les deux cas).

  • Parmi les critères secondaires d'évaluation, l'amélioration du score EASI d'au moins 75% après 16 semaines était obtenue par 72% des patients des deux bras expérimentaux dans SOLO 1, et par respectivement 69% et 67% de ceux traités de façon hebdomadaire ou bimensuel par dupilumab dans SOLO 2. Ils n'étaient que 38% et 31% respectivement dans les groupes placebo (p<0,001).

  • Les autres critères secondaires étaient également significativement améliorés par le traitement expérimental : la réduction du prurit était ainsi meilleure dès la semaine 2 dans les deux bras expérimentaux versus placebo. Les scores HADS et DLQI montraient aussi une amélioration.

  • L'utilisation de traitement de secours en cas de symptômes gênants était de 21% et 23% dans les deux bras expérimentaux de SOLO 1, et de 15% et 21% dans ceux de SOLO 2, contre respectivement 51% et 52% des bras contrôle (p significatifs).

  • En termes de tolérance et de sécurité, la fréquence des évènements indésirables était la même dans les groupes traités et les groupes sous placebo. Le seul événement indésirable grave concernant plus de deux personnes était le développement d'une exacerbation de la dermatite atopique (au total 3 patients dans l'ensemble des groupes expérimentaux, contre 8 dans les groupes contrôles).

  • Les infections cutanées ainsi que les autres infections étaient plus fréquentes dans les groupes placebo. A l'inverse, les cas de conjonctivites étaients plus fréquents dans les groupes expérimentaux. Les réactions au site d'injection survenaient aussi plus souvent parmi ces derniers (réactions légères à modérées pour la plupart).

Limitations

  • Ces études ne permettent pas d'appréhender l'efficacité à long terme du dupilumab ni celle attendue dans une population pédiatrique. Par ailleurs, le recours aux glucocorticoïdes topiques ou aux inhibiteurs de calcineurines n'étaient autorisés qu'en traitement de secours.

  • L’étude a été financée par l’industrie pharmaceutique (Sanofi et Regeneron Pharmaceuticals).

A retenir

Le dupilumab est efficace sur la dermatite atopique modérée à sévère de l'adulte mal contrôlée par des traitements topiques, que le traitement soit administré de façon hebdomadaire ou bimensuel.