Le déclin cognitif des sujets psychotiques débute avant le diagnostic

  • Muzaffar SN & al.
  • Shock

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Selon une étude longitudinale américaine menée chez plus de 400 patients depuis 1989, la cognition des patients atteints de schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques suivrait trois phases d’évolution distinctes au cours du temps, avec une phase normale, un déclin léger marqué dès la 14e année précédant le diagnostic (plus marqué chez les sujets schizophréniques), et enfin un déclin plus significatif à partir de la 22e année suivant le diagnostic, et indépendant de la nature du diagnostic.

  • Ces données montrent que l’âge lors de l'apparition de la psychose est plus déterminant pour l’évolution de la cognition que l’âge chronologique.

Pourquoi est-ce important ?

Les troubles cognitifs sont fréquents chez les personnes atteintes de schizophrénie, et leur apparition marque le début d'un processus aboutissant à la psychose. Cependant, tout n’est pas clairement détaillé concernant le moment où ces troubles apparaissent et sur leur évolution au cours de la maladie. Les études longitudinales portant sur des cohortes larges au cours du temps manquent, notamment celles permettant d’étudier la trajectoire cognitive par rapport à l’âge de début de la maladie plutôt que par rapport à l'âge chronologique. Les personnes atteintes de troubles psychotiques autres que la schizophrénie auraient également des troubles cognitifs, mais les données longitudinales sont là aussi limitées. Cette étude offre des éléments pour mieux appréhender la trajectoire cognitive au cours de l’évolution de la schizophrénie et d'autres troubles psychotiques.

Méthodologie

Cette étude a été conduite à partir des données du Suffolk County Project, une étude longitudinale menée auprès de patients admis pour des symptômes psychotiques inauguraux entre 1989 et 1995 dans l’un des 12 services participants du Suffolk. Les patients inclus devaient avoir entre 15 et 60 ans, sans diagnostic de déficience intellectuelle ou de psychose précédant l’hospitalisation. Le suivi de cette cohorte au cours de la vie a été analysé sur plus de 20 années. Le QI était évalué avant l’inclusion à partir de toutes les données scolaires et/ou universitaires, puis il était mesuré à 6 et 24 mois, puis 20 et 25 ans après l’inclusion. Parallèlement, un groupe de sujets contrôles, appariés démographiquement a été recruté localement pour comparer le suivi à 20 ans.

Principaux résultats

Au total, 428 personnes ont été incluses (59,6% d’hommes, âge moyen au début de la psychose 27 ans), dont 212 souffrant de schizophrénie et 216 d'autres troubles psychotiques. Dans les deux groupes, le déclin cognitif était progressif, et était plus précoce, de 10 à 20 ans selon que les patients étaient atteints d’une psychose autre ou de schizophrénie respectivement, par rapport aux sujets contrôles..

Les auteurs ont souhaité modéliser par un diagramme de dispersion lissé l’évolution de la capacité cognitive générale : les trajectoires cognitives étaient mieux décrites lorsque l’on considérait le temps écoulé depuis le début de la psychose, plutôt que l'âge du patient. Le meilleur ajustement permettait de décrire trois phases dans l’évolution cognitive : ainsi, les capacités cognitives étaient stables durant l’enfance et jusqu’à 14 ans avant l'apparition de la psychose. Ensuite, une phase de déclin apparaissait par rapport aux sujets sains, et de façon plus prononcée pour ceux atteints de schizophrénie que d’autres psychoses (-1 point de QI tous les 3 ans et tous les 7 ans respectivement) durant les 22 ans suivant le diagnostic. Ensuite, une troisième phase d’accélération du déclin apparaissait, avec la perte d’1 point de QI tous les deux ans pour les deux diagnostics.