Le côté féminin de l’insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection préservée…


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Une revue publiée dans l’International Journal of Cardiology fait le point sur les l’évolution et les spécificités de l’insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection préservée (ICFEp) en fonction du sexe. La prévalence de cette pathologie augmente depuis ces dernières décennies, notamment aux États-Unis, et plus particulièrement les femmes âgées. Il est donc intéressant de comprendre pourquoi.

L’ICFEp prédomine-t-elle vraiment chez les femmes ?

Au global, certaines données indiquent que l’incidence de l’insuffisance cardiaque aurait été assez stable aux États-Unis entre 1990 et 2009. En revanche, si l’incidence de l’insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection réduite (ICFEr) a diminué, celle de l’ICFEp a augmenté. Certaines études montrent que l’ICFEp concernerait 80% des cas incidents d’IC chez les femmes âgées. Sa prévalence atteindrait 10% chez les femmes de plus de 80 ans. Des données américaines montrent que la prévalence de l’ICFEp aurait augmentée de 38% en 1987 à 54% en 2001. Une tendance confirmée sur une période plus récente (2005-2010) par l’American Heart Association. Cette sur-représentativité féminine est également en lien avec une espérance de vie plus importante chez la population féminine, un suivi médical plus fréquent permettant une meilleure identification de cette pathologie.

Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg…

En effet, la prévalence de l’ICFEp évolue avec celle des facteurs de risque cardiovasculaires bien identifiés comme l’obésité, l’hypertension artérielle, le diabète, eux-mêmes plus fréquents chez les femmes américaines que chez les hommes.

Quels sont les mécanismes physiopathologiques sous-jacents ?

Plusieurs mécanismes biologiques prédisposent les femmes à l’ICFEp, parmi eux notons :

  • Les rigidités artérielle(s) et ventriculaire plus importantes chez les femmes que chez les hommes conduisant à une pression artérielle systolique (PAS) et à une fraction d’éjection du ventricule gauche plus élevées chez elles. 
  • Les femmes ont plus de quatre fois plus de risque que les hommes de développer une hypertension artérielle pulmonaire, accompagnée de vasoconstriction pulmonaire et de remodelage des artères pulmonaires. Or, l’hypertension pulmonaire est en lien étroit avec l’ICFEp.
  • L’inflammation chronique, la dysfonction endothéliale et l’ischémie myocardique sont de plus en plus évoqués comme facteurs favorisant l’ICFEp – aux côtés de l’hypertension artérielle et de la sténose aortique, qui sont considérés comme les principaux éléments de la pathologie. Or un état pro-inflammatoire chronique peut être favorisé par l’élévation de la PA, l’obésité, le diabète, les dyslipidémies, l’inactivité, la diminution des œstrogènes, la maladie rénale chronique et la maladie pulmonaire chronique.  Les femmes auraient globalement un niveau d’inflammation systémique plus élevé que celui des hommes car elles sont plus souvent porteuses d’un ou de plusieurs des facteurs favorisants précédemment cités ainsi que d’une carence en fer, d’une éclampsie ou encore d’une pré-éclampsie. Enfin, L’ICFEp est souvent associée à certaines maladies auto-immunes (lupus, polyarthrite rhumatoïde, thyroïdite) qui sont plus fréquentes chez les femmes.
  • Chez les hommes, l’ICFEp est souvent accompagnée d’une ischémie coronarienne obstructive alors que chez la femme l’ICFEp est plus souvent accompagnée d’une coronaropathie non obstructive avec dysfonction microvasculaire et endothéliale conduisant à une ischémie ventriculaire gauche et à une fibrose.
  • L’insuffisance rénale est également plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, notamment du fait de la différence d’espérance de vie ; or elle est souvent associée à l’ICFEp.

Ainsi, comme l’atteste cette revue, plusieurs facteurs prédisposent clairement les femmes âgées au développement d’une ICFEp. 

Principales limitations

Ces données sont principalement issues d’études menées sur des populations américaines et ne peuvent pas être étendues stricto-sensuà d’autres populations.