Le confinement a fortement impacté les adolescents

  • Stéphanie Lavaud

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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France – Parlera-t-on d’une génération COVID-19 comme il y a il y a eu une génération SIDA, profondément marquée par l'apparition d'une nouvelle maladie ? Ces jeunes, que l’on a désigné à un moment donné comme vecteurs majeurs de la maladie et qui ont été stoppé dans l’élan de leur jeunesse par le confinement, vont probablement garder des séquelles de cette période, même si tous n’ont pas été égaux devant le confinement. A-t-on pris en charge la souffrance de ceux qui étaient confinés dans des espaces étroits, parfois prisonniers d’ambiances familiales délétères ? D’une façon plus globale, a-t-on écouté ce qu’ils avaient à nous dire car finalement leur parole n’a été que peu entendue pendant et après le confinement. Enfin, quid des jeunes migrants ou de parents migrants, leurs familles ont-elles bien compris les enjeux du confinement ? Comment l’ont-ils vécu ? Autant de sujets sur lesquels le Pr Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et spécialiste de psychiatrie transculturelle, qui dirige la Maison de Solenn à l’hôpital Cochin (Paris), nous donne son point de vue.

MEDSCAPE : Comment l’épidémie de COVID-19 et le confinement ont-ils impacté la vie des adolescents ?

Pr Marie Rose Moro : Le point commun à tous les adolescents, c’est qu’à cet âge-là, on a besoin du monde extérieur. La vie sociale et amicale est très importante. On a besoin de s’identifier aux autres, d’échanger avec des adultes autres que ses parents. À l’adolescence, le monde s’élargit, on parle d’ailleurs « d’espace psychique élargi ». On sort du modèle parental, on s’identifie à d’autres, à des valeurs du monde extérieur et d’autres manières de faire, de penser, etc.

De fait, le confinement a interrompu ce processus en coupant les liens des adolescents avec leurs camarades, leur école, le monde extérieur. Il a entravé la liberté d’aller et venir, d’échanger, de voir ses petit.e.s ami.e.s. On a vu aussi un besoin de transgression qui en a conduit certains à s’opposer pour pouvoir s’affirmer. Le confinement a donc fortement impacté les adolescents, et de façon très différente de ce qui s’est passé pour les enfants et les plus petits. Et ce d’autant que le confinement a été long et que certains ont pu, à un moment, se sentir « sacrifiés » au profit des plus âgés, puisqu’eux-mêmes n’avaient pas de vrais facteurs de risque. Entre l’arrêt prolongé de l’école, les doutes sur la reprise de certaines universités en septembre, le frein brutal pour ceux qui s’apprêtaient à entrer sur le marché du travail, il faut reconnaître que les ados et les jeunes adultes vont être très affectés par ce qui s’est passé.

Ont-ils tous vécu cette période de la même façon ?

Pr Marie Rose Moro : Non, il y a eu beaucoup d’inégalités. Entre l’adolescent qui n’avait pas sa propre chambre, ne disposait pas d’un ordinateur, de professeurs, d’un accès aux réseaux sociaux ou était dans une famille en difficulté, sans possibilité de s’isoler, en présence de conflits familiaux, voire de violence, et celui qui a pu vivre le confinement dans un lieu avec du calme, de l’espace, des conditions psychologiques et matérielles satisfaisantes, le vécu a été forcément très différent. Ce d’autant, qu’à l’adolescence, on est très sensible aux inégalités sociales, culturelles ou familiales. De même, il y a les jeunes qui sont hyperactifs ou souffrent de pathologies de la relation ou du neuro-développement. Ceux-là se sont retrouvés en grande difficulté et nous ont appelés en disant qu’ils n’en pouvaient plus. Plus les ados et leur famille étaient vulnérables, plus la souffrance a été importante.

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