Le CHRU de Lille présente les premiers résultats à 10 ans de la greffe d’îlots de Langerhans

  • Vantyghem MC & al.
  • Diabetes Care
  • 1 nov. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Commentaire du Dr François PATTOU, médecin en chirurgie viscérale et digestive, Hôpital Huriez, CHRU, Lille :  «  En cas de greffe rénale préalable, la greffe d’îlots ne nécessite pas d’immunosuppression supplémentaire et pourrait diminuer le risque de récidive de néphropathie diabétique et protéger le rein greffé. Si la Haute Autorité de Santé donne son aval, cette technique pourra être prise en charge par l’assurance maladie, comme c’est déjà le cas au Canada en Belgique, en Suisse ou au Royaume Uni. Une centaine de patients pourront alors en bénéficier chaque année en France. »

 

À retenir 

Une équipe de chercheurs vient de publier dans Diabetes Care les résultats à 10 ans de la greffe d’îlots de Langerhans allogénique. Menée sur 28 patients diabétiques de type 1, les conclusions de cette étude montrent que les trois quarts des greffons sont maintenus et que presque 30% des patients ont une HbA1c≤6,5% sans recours à l’insuline. Les résultats sont similaires que les patients aient eu ou non eu une greffe rénale au préalable.

Qu’apporte cette étude ?

De précédentes données ont mis en évidence les bénéfices de la greffe d'îlots de Langerhans notamment sur le contrôle glycémique à 6 mois, l’amélioration de la qualité de vie, et les complications liées au diabète. Cependant, l’immunosuppression chronique associée induit fréquemment des effets indésirables graves et une altération de la fonction rénale. Par ailleurs, se pose la question du maintien du bénéfice précoce de la transplantation. C’est ce qu’a cherché à identifier cette équipe lilloise grâce à une étude prospective sur 28 patients diabétiques de type 1 ayant reçu une greffe d'îlots de Langerhans seule ou une greffe rénale au préalable. 

Principaux résultats

Le suivi médian était de 11,5 ans et le taux de mortalité globale de 0,3% pour 100 patients-années. Les analyses montrent que l’insuline a pu être arrêtée chez tous les patients environ 90 jours après la première perfusion d’îlots de Langerhans. Et au global, 39% des patients à 5 ans et 28% à 10 ans avaient une HbA1c ≤6,5% sans avoir recours à l’insuline (critère principal d’évaluation). Aucune différence significative n’a pu être mise en évidence entre les patients qui avaient ou non bénéficié d’une greffe rénale au préalable. Le maintien du greffon était respectivement de 82 et 78% à 5 et 10 ans, sans différence significatives non plus entre ceux qui avaient ou non bénéficié d’une greffe rénale. Aucune hypoglycémie sévère n’a été rapportée à 5 et 10 ans, et le temps passé en hypoglycémie était significativement amélioré par rapport à l’inclusion. 

Protocole de l’étude et de la greffe

Les patients inclus avaient participé à deux études simple bras initiées dans ce même centre lillois. Ces patients diabétiques de type 1 souffraient d’hypoglycémies sévères non ressenties. Ils avaient reçu une transplantation d’îlots de Langerhans entre 2003 et 2012. Il s’agit d’une étude observationnelle, prospective menée sur des groupes parallèles.

La greffe consiste à prélever l’équivalent de quelques millilitres d’îlots de Langerhans chez un donneur et à les réimplanter chez le patient grâce à 2 ou 3 perfusions administrées sur un peu plus de 2 mois. L’immunosuppression était initiée par anticorps anti-récepteurs de interleukine 2 puis maintenue par sirolimus et tacrolimus.

Principales limitations

Absence de groupe contrôle et faible taille de l’échantillon.

Ces résultats feront l’objet d’une présentation détaillée lors d’une conférence de presse organisée par l’Inserm le mardi 12 novembre à partir de 14h30 au 101, rue de Tolbiac, Paris Cedex 13.