Le cannabidiol normalise l’activité cérébrale chez les sujets à haut risque de transition psychotique

  • Bhattacharyya S & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 29 août 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude britannique a évalué l’effet d’une dose de cannabidiol (CBD, 600 mg) chez des sujets à haut risque de transition psychotique. Elle montre en IRM fonctionnelle que les sujets à risque recevant un placebo présentent un niveau d’activation différent des aires cérébrales impliquées dans la physiopathologie de la psychose par rapport à des sujets sains 3h après la prise de CBD : le striatum en situation d’encodage verbal, le gyrus parahippocampique et le mésencéphale en situation de rappel verbal. Le niveau d’activation observé chez les sujets recevant du CBD est intermédiaire dans ces mêmes aires cérébrales, entre celui du groupe contrôle et placebo. Ces résultats suggèrent que le CBD améliore la réponse à court terme de ces aires cérébrales impliquées dans la psychose par rapport à un placebo et tend à la normaliser en la rapprochant de celle observée chez des sujets sains, ce qui pourrait rendre compte de son effet thérapeutique. L’évaluation d’un traitement par CBD dans le cadre d’un essai clinique apparaît maintenant nécessaire pour valider ces résultats.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Un dysfonctionnement du système endocannabinoïde est impliqué dans la physiopathologie de la psychose et représente aujourd’hui une cible de traitement potentielle. Le tétrahydrocannabinol est un constituant du cannabis responsable de ses effets psychomimétiques qui a été associé au développement et aux rechutes des psychoses. Le cannabidiol ou CBD est, lui, un autre composé du cannabis non psychoactif et dont les effets  sont opposés à ceux du THC. Les études ont fait état de ses propriétés antipsychotiques et anxiolytiques chez des sujets atteints de psychose, mais son mode d’action reste encore méconnu. Une étude anglaise a évalué son effet sur l’activité de différentes zones cérébrales de sujets à haut risque de transition psychotique, comparativement à des sujets sains.

Méthodologie

Des sujets à haut risque et naïfs de tout traitement antipsychotique ont été inclus dans l’étude. Ils ont été randomisés pour recevoir un traitement par CBD (une dose orale unique de 600 mg connue pour produire un effet chez les psychotiques) ou un placebo. Puis ils ont été observés en IRM fonctionnelle alors qu’ils réalisaient une tâche d’association de mots en situation d’encodage, de rappel verbal et au repos, comparativement à 19 sujets sains appariés sur l’âge (groupe contrôle). Il avait été demandé aux participants de ne pas consommer de cannabis ni d’autres psychostimulants (alcool, nicotine, autres drogues) avant les tests et cette abstinence était contrôlée par test urinaire.

Résultats

  • 33 sujets à haut risque de transition psychotique et 19 sujets sains ont été inclus dans l’étude, 16 dans le groupe CBD (38% de femmes, âge moyen 22,43 ans), 17 dans le groupe placebo (59% de femmes, âge moyen 25,35 ans), et 19 dans le groupe contrôle (42% de femme, âge moyen 23,89 ans).
  • Par rapport aux sujets contrôles, l’activation du noyau caudé droit était réduite chez les sujets recevant le placebo en situation d’encodage (phase d’acquisition de nouvelles informations). . Alors qu’une réduction de l’activité était observée dans le gyrus parahippocampique et le mésencéphale en situation de rappel verbal.
  • Chez les sujets du groupe CBD, l’activation de ces trois régions cérébrales était plus importante que dans le groupe placebo, mais restait inférieure à celle du groupe contrôle.
  • Pour l’ensemble des participants, le niveau d’activation du cortex parahippocampique gauche en cours de tâche était directement corrélé au score de rappel verbal obtenu et confirmait le rôle de cette région dans la fonction mnésique.

Limitations

L’aspect transversal de l’étude ne permet pas d’établir une relation de cause à effet directe entre la prise de CBD et la normalisation partielle de l’activité des zones cérébrales impliquées dans la psychose.