La Tribune : Parole à l’ISNAR-IMG sur l’indépendance de la formation médicale.


  • La Tribune
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

A l’hôpital comme dans les structures ambulatoires, l’industrie du médicament est omniprésente : une représentante qui s’impose dans un poste de soin avec des croissants, un démarcheur qui passe 15 minutes avec un généraliste pour lui faire la promotion d’un nouveau médicament, des repas organisés le soir autour d’un leader d’opinion, des congrès tous frais payés …

Les médecins qui acceptent ces contacts le font toujours dans le but de se former. Mais est-ce vraiment le cas ? L’intérêt principal d’un commercial est-il de former le médecin, ou plutôt que ce dernier prescrive son produit ? Peu importent nos a priori sur le sujet, les études sont là pour le prouver : les médecins recevant des avantages de la part de l’industrie prescrivent plus les médicaments et dispositifs ciblés par les campagnes de publicité. Une étude publiée il y a quelques semaines a même montré que les médecins refusant ces avantages prescrivent des médicaments de manière plus conforme aux recommandations … et moins chers !

Mais alors comment expliquer que les médecins continuent de recevoir ces prestations ? De par nos nombreuses années d’études, il existe un sentiment d’invulnérabilité qui nous fait croire à tort que nous serions insensibles à ce marketing. Rendu possible par une dissonance cognitive, ce sentiment a été souvent étudié en sciences humaines. Il est évident que les industries investissent ces milliards d’euros dans un but. Mais admettre qu’il est possible de se faire manipuler n’est pas simple, et il est parfois plus facile de se fermer les yeux en évitant de se demander : “Pourquoi m’offre-t-on un repas ?” 

L’interdiction de ce marketing aux étudiants est donc logique et souhaitable, pour éviter qu’ils ne confondent publicité et formation.

Malgré tout, le besoin de formation continue est une évidence. Force est de constater que les dépenses de l’industrie pour la publicité, qui représentent des sommes supérieures à celles qu’elles consacrent à la recherche et l’innovation, n’ont pas été compensées par des subventions publiques. 

Pire : cette loi ayant été adoptée sans concertation avec les organisations syndicales ou associatives, certains internes se sont retrouvés directement mis en difficulté, avec l’impossibilité de disposer de fonds nécessaires, par exemple, pour leur participation à des congrès.

Pour assurer une bonne prise en charge des patients, la formation des médecins devrait donc se faire en toute indépendance des différentes industries. Pour cela, l’allocation aux universités de moyens cohérents à destination d’une formation continue des médecins devrait être mise en place. Il en va de la qualité de notre formation, mais plus largement de la sécurité sanitaire : on voit clairement parmi les différents éléments abordés lors du procès au pénal du Médiator qui se déroule actuellement, que les stratégies d’influence en direction des médecins sont au final préjudiciables pour les patients.

Et cette influence commence malheureusement dès la formation initiale, parfois avec un simple croissant.

Matthieu THOMAZO, Porte-Parole de l’ISNAR-IMG (InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale).