La transplantation de microbiote fécal, une nouvelle approche thérapeutique pour les patients schizophrènes avec troubles dépressifs ?

  • Fond GB & al.
  • Nutrients
  • 8 avr. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Un lien de plus en plus clair apparaît entre déséquilibre du microbiote intestinal et troubles dépressifs.
  • De nombreux arguments plaident en faveur d’une dysbiose intestinale chez les patients schizophrènes souffrant de dépression.
  • Plus radicale et probablement plus durable que les probiotiques, la transplantation de microbiote fécal ouvre de nouvelles perspectives chez ces patients, avec une balance bénéfice/risque qui semble favorable au regard des traitements standards actuels.

 

Les épisodes dépressifs majeurs sont largement répandus au sein de la population et représentent la première cause de handicap avant les AVC et bien d’autres pathologies chroniques (hypertention, maladie d’Alzheimer, cancers, etc. L’OMS considère même qu’ils représenteront le premier fardeau de santé publique à l’horizon 2030. Une part importante (44%) des sujets souffrant de dépression sévère ne répondent pas ou seulement partiellement aux traitements. Chez les patients schizophrènes en particulier, le risque de dépression sévère est 5 fois plus élevé que dans la population générale, et les troubles dépressifs sont associés à une évolution moins favorable de leur maladie incluant davantage de douleurs, de troubles métaboliques, une moins bonne adhésion au traitement et une qualité de vie plus altérée. Le taux important d’échec au traitement pourrait être lié au fait que les traitements actuellement disponibles sont essentiellement orientés vers le système nerveux central et visent à compenser les déficits en neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline et dopamine), mais sans tenir compte de l’origine de ce déficit. Par ailleurs, des publications de plus en plus nombreuses chez l’animal suggèrent qu’un déséquilibre du microbiote intestinal altérerait l’axe intestin-cerveau et serait à l’origine d’une inflammation à la fois périphérique et centrale.

Un microbiote intestinal perturbé chez les schizophrènes

Plusieurs arguments plaident en faveur d’une orientation des traitements vers le microbiote intestinal chez les patients schizophrènes. Tout d’abord, les antipsychotiques peuvent entraîner des troubles du transit ; plus d’un quart des patients stabilisés ont une obésité abdominale associée à une dysbiose intestinale et la dépression est prédictive du gain de poids ; un syndrome métabolique est présent chez 1 patient sur 5 et 1/3 exprime une inflammation périphérique chronique de bas grade. Cette inflammation est un indicateur de l’inflammation au niveau central et elle est également associée à la présence de dépression chez les schizophrènes. Par ailleurs, un tiers des patients possède des anticorps antigliadine qui reflètent une augmentation de la perméabilité intestinale, anticorps qui pourraient passer la barrière hémato-encéphalique et contribuer à la neuroinflammation. Dès lors, la transplantation de microbiote fécal (TMF) a été envisagée pour remplacer le microbiote de patients souffrant de schizophrénie avec dépression, dans l’objectif d’améliorer leur santé physique et mentale.

Les espoirs de la transplantation de microbiote intestinal

Une équipe marseillaise s’est attachée à rassembler les données disponibles dans la littérature concernant l’intérêt des traitements orientés vers le microbiote dans la dépression et la schizophrénie chez l’homme. Les résultats qui se dégagent de son analyse indiquent clairement une perte de la diversité et de la richesse du microbiote intestinal (dysbiose) chez les sujets atteints de dépression sévère ou d’anorexie mentale, et un lien avec la sévérité des symptômes. Un effet important à modéré des probiotiques est observé sur les symptômes dépressifs de patients atteints de syndrome de l’intestin irritable. Cependant, le maintien de cet effet au-delà de la durée du traitement reste encore à démontrer et la taille de l’effet est sans doute limitée par le petit nombre de souches contenues dans ces probiotiques (1 à 5 souches de lactobacilles associées ou non à des bifidobactéries le plus souvent), ainsi que par les perturbations du microbiote chez ces patients. Dans ce contexte et bien que peu d’études soient encore disponibles, la transplantation de microbiote fécal apparaît comme une technique sûre permettant de recouvrir un microbiote intestinal riche et diversifié en une fois et de façon durable. Elle a déjà apporté la preuve de son efficacité, sans effets indésirables graves notifiés, dans la prévention des récidives d’infection à Clostridium difficile. Chez les sujets schizophrènes avec troubles dépressifs, elle représente aujourd’hui une approche prometteuse, avec une balance bénéfice/risque qui semble favorable au regard des traitements psychotropes standards actuellement utilisés (antipsychotiques, antidépresseurs, etc.).