La tafénoquine, une alternative à la primaquine ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

En juillet 2018, la Food and Drug Administration a approuvé l’indication de la tafénoquine dans le traitement du paludisme à Plasmodium vivax ( P .vivax ). Cet enregistrement repose sur l’accumulation de résultats d’essais cliniques ayant regroupé un total de plus de 4.000 patients. Parmi eux, deux études de phase 3 importantes, DETECTIVE et GATHER, viennent d’être publiées. Elles montrent que la tafénoquine bénéficie d’une bonne efficacité, d’un profil de sécurité comparable à celui de la primaquine, sans que sa non-infériorité en termes de prévention des récidives n’ait pu être démontrée.

Profil de la téfénoquine

  • La tafénoquine présente une demi-vie beaucoup plus longue que celle de la primaquine, de 14 jours au lieu de 5 heures. Cette propriété permet d’envisager un traitement antipaludéen administré en dose unique, un avantage à mettre en rapport avec les questions d’observance liées à la primaquine.

  • Comme la primaquine, dont elle est un dérivé, la tafénoquine est une 8-aminoquinoléine active sur le schizonte hépatique et sur les gamétocytes. Comme elle, elle expose à un risque d'hémolyse chez les personnes présentant un déficit en Glucose-6 phosphodéshydrogénase (G6PD) et impose en conséquence un test de dépistage spécifique, une technique dont l’accès peut être limité en zones d'endémie palustre. Par ailleurs, comme le souligne l’éditorial accompagnant l’article, des femmes hétérozygotes pourraient selon ces tests, être considérées à tort comme non déficitaires, ce qui les exposerait à des problèmes d’hémolyse durable en cas d’administration, étant donné la demi-vie de la molécule.

Données de l’étude DETECTIVE

  • DETECTIVE est un essai multicentrique de phase 3 randomisé, et contrôlé versus placebo qui a été mené en Éthiopie, au Pérou, au Brésil, au Cambodge, en Thaïlande et aux Philippines. Il a recruté des patients infectés par P. vivax et présentant une activité normale de la G6PD, soit ≥70% de la valeur médiane. Les patients ont été randomisés (2:1:1) entre une prise unique de 300 mg de tafénoquine, 15 mg/j de primaquine pendant 14 jours et un placebo.

  • Parmi les 522 patients recrutés, 62,4% n’avaient pas présenté de récidive à 6 mois, contre 69,6% sous primaquine et 27,7% sous placebo, soit un HR respectif de 0,30 [0,22-0,40] et 0,26 [0,18-0,39] versus placebo.

  • La baisse des taux d’hémoglobine était observée dans les trois groupes, la réduction étant supérieure dans les bras tafénoquine et primaquine. Cependant, les baisses supérieures à 30% du taux à l’inclusion ou à >3,0 g/dL étaient peu fréquentes (5,4% sous tafénoquine, 1,6% sous primaquine, 1,5% sous placebo) et n’ont concerné que des sujets présentant une activité G6PD normale.

Données de l’étude GATHER

  • GATHER est une étude multicentrique de phase 3 randomisée (2:1) et contrôlée comparant la tafénoquine (300 mg) à la primaquine (15 mg/j pendant 14 jours). Elle a été menée au Pérou, Brésil, Colombie, Vietnam et Thaïlande chez des patients infectés par P. vivax qui présentaient une activité normale de la G6PD ou de sexe féminin qui présentaient un déficit modéré en G6PD.

  • En termes de sécurité, une baisse du taux d’Hb à 6 mois >3,0 g/dL ou ≥30% par rapport à l’inclusion concernait 2,4% des patients du groupe tafénoquine contre 1,2% sous primaquine, soit une différence de 1,2 point de pourcentage [-4,2 à 5,0].

  • En termes d’efficacité, l’absence de récidive à 6 mois était de 67,0% [61,0-72,3] et 72,8% [65,6-78,8] sous tafénoquine et primaquine respectivement, soit un HR de 1,81 [0,82-3,96] qui ne remplissait pas les critères de non-infériorité défini.

Financement

Ces études ont été financées par GlaxoSmithKline et Medicines for Malaria Venture.