La santé respiratoire des travailleurs agricoles sous surveillance


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

La prévalence de l’asthme est de 4 à 6,1% selon la définition retenue, et celle des expectorations et de la bronchite chronique de 8,3% au sein de la population professionnelle agricole française. Des disparités ont été observées selon la catégorie socioprofessionnelle. Ces premiers résultats, issus d’une étude pilote menée par Santé Publique France, permettent de soutenir l’intérêt d’une étude d’ampleur nationale afin de surveiller la santé respiratoire de cette population, exposée à de multiples facteurs de risque. Elle disposera notamment d’une puissance statistique suffisante pour apprécier les risques au sein de chacun des secteurs d’activité, ce qui était difficile à réaliser dans cette étude pilote.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

L’asthme, la bronchite chronique et la BPCO sont des maladies respiratoires fréquentes en France, mais leur prévalence dans l’environnement professionnel agricole reste mal connue, du fait de l’absence d’études spécifiques. Pourtant, il est démontré que ces maladies sont significativement liées à des facteurs professionnels, nombreux dans l’environnement agricole. Dans l’objectif de constituer une cohorte nationale d’environ 27.000 personnes (Coset-MSA), une étude pilote a été menée au sein de 5 départements pilotes pour en évaluer la faisabilité et obtenir une première estimation des maladies et symptômes respiratoires existant au sein de cette population. Depuis, la cohorte nationale a été lancée, et son recrutement a été achevé en juillet 2018.

Méthodologie

Pour l’étude pilote, conduite en 2010, 10.000 personnes de 18-65 ans ont été tirées au sort au sein de la base de données de la Mutualité Sociale Agricole (MSA). Tous ont reçu un auto-questionnaire portant sur les données sociodémographiques, les symptômes et les diagnostics de maladie respiratoire (asthme, dyspnée, toux ou expectorations chroniques) et l’activité professionnelle : non-salariés (exploitants agricoles, conjoints, aides familiaux…), salariés du secteur primaire, du secteur secondaire (transformation, agroalimentaire…) et du secteur tertiaire (commerces, services, enseignement agricole…).

Principaux résultats

  • Seuls 24% des personnes contactées ont renvoyé le questionnaire rempli, dont 62% d’hommes (44 ans en moyenne). Ces derniers étaient plus souvent des non-salariés ou des salariés du secteur primaire que les femmes (41 et 35% vs 32 et 31%  respectivement). De plus, la prévalence du surpoids et de l’obésité, ainsi que celle du tabagisme était plus élevée parmi les hommes que parmi les femmes (49% et 28% vs 35% et 32%).
  • La prévalence de l’asthme était de 4 à 6,1% dans l’ensemble de la cohorte selon la définition utilisée (une crise d’asthme au cours des 12 derniers mois ou un traitement pour asthme actuel, ou diagnostic d’asthme posé par le médecin, avec au moins un symptôme au cours des 12  derniers mois). Celle de la toux et de l’expectoration bronchique était, elle, de 8,3%. Enfin, les réveils avec essoufflement et ceux par quinte de toux concernaient respectivement 3% à 20% de l’ensemble de la cohorte.
  • Les symptômes respiratoires étaient plus faibles parmi la population non salariée, potentiellement du fait d’une exposition plus précoce aux facteurs favorisants, un paramètre connu pour être protecteur vis-à-vis du risque asthmatique. Par ailleurs, les salariés du secteur primaire avaient une prévalence plus élevée que les autres, et notamment par rapport aux non-salariés : ce constat était vérifié après ajustement sur les facteurs favorisants, comme le tabagisme, et indiquait l’existence probable d’une exposition à des facteurs professionnels différents (tâches effectuées distinctes selon les catégories socioprofessionnelles).