La santé buccodentaire est-elle un facteur de risque cardiovasculaire ultérieur ?

  • Pussinen PJ & al.
  • JAMA Netw Open
  • 5 avr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une mauvaise santé buccodentaire durant l’enfance serait associée à un risque significatif d’athérosclérose à l’âge adulte, selon une étude de cohorte finlandaise publiée récemment. Dans ce travail, plus le nombre de signes d’infection orale est élevé durant l’enfance (caries, amalgames, saignements gingivaux durant le sondage, profondeur de la poche parodontale), plus l’épaisseur de l’intima média carotidienne (EIM) est élevée à l’âge adulte. Cette association reste vérifiée même après ajustement sur l’exposition cumulée aux différents autres facteurs de risque cardiovasculaire. Il est intéressant de noter également que le nombre de signes d’infection orale est, chez l’enfant, associé à la présence concomitante d’un certain nombre de facteurs de risque cardiovasculaire.

L’étude ne permet pas d’établir la causalité entre les deux paramètres. Il est possible que cette association soit le fait du maintien d’une mauvaise santé buccodentaire de l’enfance à l’âge adulte et/ou du fait que la santé cardiovasculaire et la santé buccodentaire partagent des facteurs de risque commun. D’autres études pourront le déterminer. D’ici là, il semble cohérent que les messages de prévention que délivrent les dentistes ou les médecins soient élargis au-delà de leur propre champ d’intervention.

Méthodologie

Une cohorte de 755 enfants finlandais ( Cardiovascular Risk in Young Finns Study ) a bénéficié d’un bilan d’inclusion en 1980 (clinique, biologique, dentaire) à l’âge de 6, 9 et 12 ans. Ils ont ensuite bénéficié d’un suivi cardiovasculaire en 2001 (entre 27 et 33 ans) et en 2007 (entre 33 et 39 ans).

Principaux résultats

  • La cohorte était constituée de 50,9% de filles et l’âge moyen était alors de 8 ans. Des caries, des amalgames, des saignements gingivaux durant le sondage et une profondeur de la poche parodontale légèrement élevée étaient retrouvés chez respectivement 86,9%, 82,3%, 67,7% et 53,9% d’entre eux, sans différence significative entre les sexes. Globalement, 4,5% de la cohorte ne présentait aucun de ces 4 signes, tandis que la plupart en présentaient 3 (38,3%) ou 4 (34,1%).

  • Les patients sans signes de mauvaise santé buccodentaire présentaient une PAD, une PAS et un IMC significativement plus bas que ceux présentant ces 4 signes. A l’âge adulte, le nombre moyen de facteurs de risque cardiovasculaire (PA, IMC, taux de cholestérol total élevés…) augmentait avec le nombre de signes d’infection orale durant l’enfance, mais ces mêmes liens avec les facteurs de risque cardiovasculaire étaient retrouvés, encore plus étroits, dès l’enfance.

  • La valeur de l’EIM en 2001 et en 2007 était d’autant plus faible que les sujets avaient présenté peu ou pas de signes d’infection orale durant l’enfance : en 2007, la présence d’au moins un de ces signes était associé à un risque relatif de 1,87 [1,25-2,79] de présenter une IMT élevée (tertile 3 vs tertile 1 ou 2), et ce risque était de 1,95 pour ceux qui présentaient les 4 types de signes. Les hommes étaient plus particulièrement concernés par cette association : ainsi, ils présentaient un risque égal à 1,46 et à 1,69 en cas de caries ou de maladie parodontale durant l’enfance, et égal à 2,25 lorsqu’ils avaient présenté les 4 types de signes d’atteintes orales. Le même type de constat était dressé sur les valeurs mesurées en 2001.

Principales limitations

Le nombre de participants était limité. Il aurait été par ailleurs intéressant de disposer des données de suivi dentaire chez l’adulte.