La rougeole engendre une amnésie immunitaire prolongée

  • Petrova VN & al.
  • Sci Immunol
  • 1 nov. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Plusieurs études ont décrit la diminution de différents médiateurs immunitaires suite à une infection par la rougeole et d’autres ont décrit l’augmentation de la morbimortalité dans les cinq années suivant un tel épisode, ce qui a permis de poser l’hypothèse d’une amnésie immunitaire provoquée par le virus. Celle-ci vient d’être vérifiée par une équipe néerlandaise. Leur article est parue dans Science .

Évaluation de la mémoire immunitaire d’enfants infectés

Les chercheurs ont analysé des prélèvements sanguins réalisés auprès de 77 enfants (âge moyen 9 ans) non vaccinés recueillis avant puis deux mois après une épidémie de la rougeole. Une analyse par VirScan permettait d’évaluer la diversité des épitopes viraux reconnus par les effecteurs circulants de l’immunité avant et après l’épisode et les résultats ont été comparés entre les enfants ayant été infectés et ceux qui étaient restés non infectés, ainsi qu’à des enfants ayant reçu une première dose de vaccin par ROR.

L’infection par le virus de la rougeole était associée à une diminution moyenne de 20% du répertoire d’anticorps. Il existait une importante variabilité interindividuelle (baisse comprise entre 11 et 73%) qui n’est pas pour l’heure expliquée. À l’inverse, la cohorte de sujets contrôles ne présentait pas un tel déclin immunitaire.

Altération de la reconnaissance des épitopes et de l’ampleur de la réponse

Parce que la reconnaissance d’un épitope reste possible même lorsqu’une grande partie des clones cellulaires produisant l'anticorps ont disparu, les chercheurs ont conduit d’autres travaux permettant de mesurer le titre d'anticorps correspondant à chaque épitope. Il est ainsi apparu que les enfants ayant été infectés présentaient une diminution moyenne d’environ 40% des épitopes spécifiques de pathogènes reconnus, cette diminution étant plus importante lorsque la rougeole avait été sévère (versus modérée). Le nombre d’épitopes reconnus était plus faible. Les données de la cohorte vaccinée permettent, elles, d’affirmer que le vaccin n’altère pas le répertoire immunitaire.

Ce travail montre aussi que le répertoire d'anticorps se reconstitue progressivement après exposition à la rougeole, mais est associé à la survenue de pathologies infectieuses. Ces résultats ont été confirmés chez des singes exposés au virus de la rougeole : leur taux d’anticorps contre d’autres virus contre lesquels ils étaient préalablement protégés restait diminué de 40 à 60% durant au moins 5 mois suivant l’épisode infectieux.