La réduction de l’hyperuricémie ralentit-elle vraiment la progression de l’IRC ?

  • Kimura K & al.
  • Am J Kidney Dis
  • 31 août 2018

  • de Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

La courbe d’évolution du DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé) de patients souffrant d’IRC sévère (stade 3, critères KDOQI) et hyperuricémiques n’est pas significativement modifiée par un traitement quotidien par fébuxostat durant 108 semaines, en comparaison à celle obtenue sous placebo : 0,23±5,26 vs -0,47±4,48 mL/min/1,73m² par an (NS). Ces résultats, issus de l’étude randomisée en double aveugle FEATHER, sont cependant à mettre en balance pour deux sous-groupes des patients, qui présentaient une moindre progression de la fonction rénale sous hypouricémiant : ceux ne présentant pas de protéinurie et ceux dont la créatininémie était basse.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Des études épidémiologiques et cliniques ont avancé l’idée que l’hyperuricémie constituerait un facteur de risque de progression de l’IRC, mais la robustesse des preuves est encore insuffisante. En conséquence, une équipe japonaise a voulu évaluer si un hypouricémiant permettait de modifier la courbe d’évolution du DFGe chez des patients présentant une hyperuricémie asymptomatique dans un essai clinique randomisé associé à un suivi de 108 semaines. Elle a choisi le fébuxostat car son profil pharmacocinétique est peu modifié par la qualité de la fonction rénale.

Méthodologie

  • L’étude FEATHER était un essai multicentrique, randomisé, en double aveugle ayant recruté des patients d’au moins 20 ans insuffisants rénaux (stade 3) présentant une hyperuricémie (>7-10 mg/mL) et sans antécédent de goutte.

  • Les patients ont été randomisés (1:1) entre le fébuxostat (10 mg/j durant S1-S4, 20 mg/j durant S4-S7, 40 mg/j durant S8-S108).

  • Le critère d'évaluation principal était la courbe d’évolution de la courbe DFGe sur la période de suivi. Parmi les critères d'évaluation secondaires, figurait le taux de progression du DFGe et la diminution de l’uricémie sous le seuil des 6,0 mg/dL. Plusieurs analyses en sous-groupes ont été prédéfinies en fonction de l’âge, du sexe, de l’uricémie, de la créatininémie…

Principaux résultats

  • Les groupes fébuxostat et placebo regroupaient 219 et 222 patients respectivement. Les caractéristiques étaient similaires entre les deux bras, hormis concernant la PAS et la prise d’Inhibiteurs de l’enzyme de conversion/Antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (respectivement 129,6 et 73,4% vs 132,5 mmHg et 82,6%, p=0,04 et 0,02).

  • L’évolution annuelle du DFGe était comparable entre les deux bras de l’étude : la diminution était respectivement de 0,23 ± 5,26 mL/min/1,73m² par an sous fébuxostat contre -0,47 ± 4,48 mL/min/1,73m² par an sous placebo (différence 0,70, p=0,1).

  • Parmi les différentes analyses en sous-groupes qui ont été pré-spécifiées, une différence significative d’évolution du DFGe a été observée chez les sujets non protéinuriques par rapport aux autres (différence 1,79 [0,55-3,03], p=0,005) et chez ceux dont le taux de créatininémie était inférieur à la valeur médiane rapportée pour la cohorte (différence 1,76 [0,44-3,07], p=0,009).

  • Parallèlement, l’uricémie était significativement inférieure dans le groupe fébuxostat vs placebo dès la semaine 4, avec un plateau. L'incidence des accès de goutte avait été plus faible dans le groupe traitement actif (0,9% vs 5,9%, p = 0,007).

  • L’analyse des valeurs tensionnelles a montré que le fébuxostat tendait à diminuer la PAD des patients traités versus placebo.

Principales limitations

L’étude a été conduite auprès d’une population japonaise et n’a pas inclus des patients présentant une IRC de stade 4-5.