La réadaptation sexuelle peut améliorer les troubles érectiles des patients cardiaques

  • Palm P & al.
  • Heart
  • 31 oct. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Les résultats de l’étude randomisée CopenHEart montrent que des patients présentant une cardiopathie ischémique ou un défibrillateur automatique implantable (DAI) peuvent bénéficier de l’apport d’une réadaptation en cas de dysfonction sexuelle : en effet, après 12 semaines de séances d’exercices physiques centrés sur les muscles du bas du corps et de renforcement du plancher pelvien, combinés avec des séances de psychoéducation, les troubles sexuels étaient atténués avec un bénéfice maintenu à 6 mois (score International Index of Erectile Function, fonction érectile, fonction orgasmique).

  • Le faible taux de participation (24% des patients éligibles initialement) montre que le sujet reste difficile à aborder et à prendre en charge. Le programme présente toutefois l’avantage de maintenir son bénéfice à 6 mois et d’être bien toléré.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

La prévalence des dysfonctions sexuelles est élevée chez les sujets présentant une cardiopathie ischémique ou porteurs d’un DAI. Chez ces patients, seul un consensus existe sur l’utilisation des inhibiteurs de phosphodiestérase 5 (IPDE5), les preuves concernant les approches non pharmacologiques étant pour l’heure non concluantes, principalement par manque d’études rigoureuses et robustes dédiées. Une équipe danoise a ainsi souhaité évaluer l’efficacité d’une réadaptation sexuelle fondée sur des composantes à la fois physiques et psychologiques.

Méthodologie

  • L’étude CopenHEart a comparé la réadaptation sexuelle et les soins usuels chez des sujets de 18 ans ou plus, présentant une cardiopathie ischémique ou un DAI et ayant un partenaire sexuel. Ceux qui présentaient un risque CV intermédiaire ou élevé et ceux présentant des troubles urinaires étaient exclus.

  • Tous ont été randomisés 1:1 entre les soins usuels et un programme de 12 semaines comportant des exercices physiques (3 séances hebdomadaires de 60 minutes centrées sur l’exercice des muscles du bas du corps avec des sessions de cycles d’intensité variée, un entraînement musculaire et des étirements), des exercices du plancher pelvien (contractions quotidiennes en position allongée, assise et debout) et des consultations de psychoéducation.

  • L’évaluation a été conduite à 12 semaines (tests physiques) puis 4 et 6 mois (autoquestionnaires).

Principaux résultats

  • Entre mars 2013 et juin 2016, 647 personnes ont été jugées éligibles et 154 d’entre elles ont accepté de participer à cette étude. Elles ont été réparties entre un bras réadaptation sexuelle et un bras soins usuels, dans lesquels les patients présentaient globalement les mêmes caractéristiques initiales : âge moyen respectif de 52,3 et 60,9 ans, 49 et 51% de cardiopathie ischémique, 9 et 11% d’insuffisance cardiaque, 8 et 10% traités par IPDE5, score IIEF (International Index of Erectile Function) initial compris entre 30 et 35. Dans le groupe réadaptation, 75% des patients ont participé à plus de 50% des séances.

  • Après 4 mois, l’amélioration du score IIEF (critère principal d’évaluation) était supérieur de 6,7 points dans le groupe réadaptation par rapport au groupe soins usuels ([3,1-10,3], p=0,0003). Ce bénéfice était conservé à 6 mois (6,7 [3,2-10,1], p=0,0002). Le niveau d’ajustement psychosocial adapté à la maladie (test Psychological Adjustement to Illness Scale Self Report), en revanche, ne montrait pas d’amélioration apportée par la réadaptation (critère secondaire).

  • Parmi les évaluations exploratoires menées, l’analyse a mis en évidence une amélioration significative sur certains domaines spécifiques du questionnaire IIEF (fonction érectile, fonction orgasmique). Enfin, les tests fonctionnels (force du plancher pelvien et capacité maximale) apparaissaient meilleurs dans le groupe réadaptation.

Principales limitations

Des questionnaires ont été remis aux participants pour évaluer la fonction sexuelle des partenaires, mais seule une minorité d’entre eux ont été remplis et n’ont pu être analysés.

Financement

L’étude a reçu un financement de plusieurs fondations danoises.