La prévalence de l’hypercholestérolémie familiale serait relativement élevée dans les SCA

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités médicales
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L'hypercholestérolémie familiale (HCF) n'est pas la plus fréquente des dyslipidémies, puisqu'elle concernerait environ un sujet sur 500 à l'échelon mondial, tout au moins dans sa forme hétérozygote. Cette maladie génétique à transmission autosomique dominante, encore souvent méconnue, expose à une athérosclérose accélérée qui se traduit par la survenue précoce d'une maladie cardiovasculaire, notamment de la maladie coronarienne qui peut la révéler. Non traitée, l'HCF multiplie par 3 ou 4 le risque de décès de cause cardiaque, alors que l'arrivée des statines et d'hypocholestérolémiants encore plus puissants est à même de transformer son pronostic.

A ce titre, il est intéressant d'avoir une idée de sa prévalence au cours des syndromes coronariens aigus (SCA). C'est là l'objectif d'une étude nationale multicentrique réalisée en Suisse dans laquelle ont été inclus 4 778 patients victimes d'un SCA récent et documenté. Les antécédents personnels et familiaux de maladie cardiovasculaire précoce, tout autant que les taux plasmatiques de LDL-cholestérol ont été utilisés dans le cadre de deux algorithmes validés dans le diagnostic positif de l'HCF : d'une part, le Duch Lipid Clinic Network algorithm qui estime possible (score 3-5 points) ou hautement probable (scor > 5 points) le diagnostic en question, d'autre part, le Simon Broome Register algorithm qui permet de l'évoquer sans plus de certitude. Cette approche épidémiologique a certes ses limites, car elle ne donne accès qu'à des phénotypes, alors que le diagnostic d'HCF repose in fine sur la génétique moléculaire, mais elle est empreinte d'un certain réalisme clinique, au demeurant proche de la pratique médicale courante.

Au moment de l'hospitalisation, si l'on se réfère au premier des algorithmes précédents, la prévalence d'une HCF hautement probable a été estimée à 1,6 % (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,3-2,0 %) et possible à 17,8 % (IC, 16,8-18,9 %). L'algorithme de Simon Broome, pour sa part, a identifié 259 patients (5,4 %, IC, 4,8-6,1) possiblement atteints de cette maladie.

En cas de SCA précoce chez des patients jeunes, les valeurs correspondantes ont été respectivement de 4,8 % (IC, 3.8-6.1%) et 47,1 % (IC, 44,6-49,7 %) avec le Duch Lipid Clinic Network algorithm, le calcul n'ayant pu être effectué avec l'autre algorithme, du fait de la faiblesse de l'effectif.

L'exclusion des dyslipidémies secondaires, associées à une consommation excessive d'alcool, une insuffisance rénale aiguë ou encore une hyperglycémie n'a pas modifié les chiffres précédents. Une année après le SCA, la majorité (64,7 %) des 69 patients atteints d'une HCF hautement probable ou certaine bénéficiaient d'un suivi adapté à leur condition et d'un traitement par les statines à hautes doses, avec pour effet une réduction des taux plasmatiques de LDL-cholestérol d'au moins 50 % dans 64,7 % des cas. Chez 4,6 % d'entre eux, ces taux étaient même ≤ 1,8 mmol/l.

Cette étude transversale suggère donc que la prévalence d'un phénotype évocateur d'une HCF dans sa forme hétérozygote est relativement élevée chez les patients hospitalisés pour un SCA, a fortiori quand celui-ci survient prématurément chez un adulte jeune. Le diagnostic, en l'occurrence, a été évoqué avec une probabilité le plus souvent élevée au moyen d'algorithmes validés, indépendamment de toute analyse génomique. En pratique, cette approche pragmatique permet de repérer les sujets à risque et d'optimiser la prise en charge thérapeutique, en adaptant les doses de statines, dans une optique de prévention secondaire.