La présence de troubles bipolaires est associée à des formes plus sévères d’anorexie mentale

  • Valentin M et al.
  • L'Encéphale
  • 15 févr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Au sein d’un petit échantillon d’adolescentes hospitalisées pour anorexie mentale (AM) sévère (n=96), la fréquence des troubles bipolaires (TB) s’est révélée élevée, puisque près de 18% de ces sujets présentaient un trouble appartenant au spectre bipolaire contre seulement 0,4% dans la population féminine générale. Les patientes qui possédaient des antécédents personnels ou familiaux de TB présentaient aussi une forme clinique plus sévère des troubles du comportement alimentaire, avec notamment un début plus précoce de la maladie, un délai plus long entre le début de la maladie et l’hospitalisation, et un risque plus élevé de renutrition entérale par sonde naso-gastrique. Par conséquent, l’existence d’antécédents familiaux de TB et un début précoce de l’AM devrait inciter à rechercher un trouble bipolaire masqué. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Des troubles de l’humeur sont souvent présents chez 64% à 96% des sujets atteints d’AM et notamment les TB. Et on trouve aussi fréquemment des troubles du comportement alimentaire chez les sujets souffrant de TB. Mais peu d’études ont exploré la comorbidité « TB-AM ». Une étude française a cherché à évaluer la fréquence des troubles bipolaires chez des adolescents souffrant d’anorexie mentale sévère et s’est intéressée à l’influence de l’existence d’antécédents personnels ou familiaux de TB sur l’expression clinique de la maladie.

Méthodologie

Cette étude observationnelle a analysé les dossiers de patientes de 13 à 20 ans ayant été hospitalisées pour AM sévère au sein du service de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte de l’Institut Mutualiste Montsouris entre janvier 2006 et décembre 2008. Les critères du DSM-IV pour l’AM, la boulimie et les troubles du comportement alimentaire non spécifiés ont été recherchés à la sortie d’hôpital, de même que les caractéristiques de la maladie, les antécédents psychiatriques personnels et familiaux.

Résultats 

  • Au total, 96 jeunes femmes ont pu être incluses. Dans la grande majorité des cas, elles étaient issues d’un milieu socio-professionnel plutôt favorisé. Elles avaient été hospitalisées pour AM en moyenne à l’âge de 16,5 ans, avec un IMC à 14,2 kg/m2, soit 2 ans après le début de la maladie. Il s’agissait d’une anorexie mentale restrictive (AMR) dans 68% des cas.
  • Dans cette population, 17,7% des sujets présentaient un trouble appartenant au spectre bipolaire, 6,3% un trouble bipolaire de type II (1 épisode dépressif ou mélancolique + 1 épisode hypomaniaque) et 11,5% un trouble bipolaire de type V (1 épisode dépressif ou mélancolique + des antécédents familiaux de TB).
  • Un antécédent de TB avéré a été retrouvé chez 8,3% des patientes et suspecté chez 13,6% d’entre elles.
  • Parmi celles qui présentaient des antécédents personnels ou familiaux de TB, des caractéristiques particulières de l’AM étaient relevées et notamment un début plus précoce de la maladie (13,4 ans contre 14,8 ans), un délai plus important entre le début de la maladie et l’hospitalisation (3,4 ans contre 1,7 ans), des antécédents de dépression et de tentative de suicide plus fréquents, une renutrition entérale par sonde nasogastrique plus fréquente durant l’hospitalisation et des traitements thymorégulateurs plus fréquents à la sortie d’hôpital.
  • En revanche, aucune différence significative n’est apparue entre les deux groupes en termes de fréquences d’antécédents familiaux.

Limitations

L’étude est réalisée sur un échantillon de petite taille.

Les patientes incluses dans cette étude souffraient d’AM sévère et ne sont donc pas représentatives de la population AM.

Enfin, la majorité des patientes souffraient d’AMR, alors que la forme purgative de la maladie est plus fortement associée aux TB.