La pollution de l’air, un facteur de risque de diabète ?

  • Zhang S & al.
  • Lancet Planet Health
  • 1 janv. 2021

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’analyse longitudinale des biomarqueurs de la sensibilité à l’insuline mesurés à trois reprises sur une période de 15 ans montre que les sujets exposés durablement à des taux élevés de particules dans l’air (PM10, PM2,5, PM2,5 absorbance), de dioxyde d’azote et d’ozone ont une sensibilité réduite à l’insuline mesurée par les index HOMA-IR, HOMA-B et l’insuline à jeun.

Une association a également été observée entre le niveau de la pollution atmosphérique et la vitesse d’évolution de ces biomarqueurs.

Ces résultats suggèrent donc non seulement une association entre pollution atmosphérique et réduction de la sensibilité à l’insuline, mais aussi dégradation plus rapide dans le temps en fonction de l’importance de cette pollution. Une raison supplémentaire s’il en fallait pour renforcer les efforts visant à limiter la pollution de l’air.

 

 

 

Les facteurs de risque du diabète de type 2 liés aux modes de vie sont aujourd’hui bien connus, mais d’autres, environnementaux, pourraient aussi entrer en ligne de compte. Une association entre exposition aux particules fines PM2,5 et diabète a en effet été observée, et plusieurs études, transversales pour la plupart, ont rapporté une association entre une exposition de longue durée aux polluants atmosphériques et une réduction de la sensibilité à l’insuline, suggérant que cette dernière pourrait constituer le lien entre exposition aux polluants aériens et diabète. Une équipe allemande a donc souhaité étudier de façon longitudinale ce possible lien entre exposition à la pollution aérienne et évolution de la sensibilité à l’insuline au sein de la population générale adulte.

Méthodologie

Les chercheurs ont analysé les données de la Cooperative Health Research de la région d’Augsburg en Allemagne. Dans cette cohorte KORA (n=9620 participants) ont été inclus des sujets de 25 à 74 ans entre 1999 et 2001 (KORA S4), qui ont ensuite été revus entre 2006 et 2008 (KORA F4), puis entre 2013 et 2014 (KORA FF4), soit 3 visites sur une quinzaine d’années.

À chaque visite étaient relevés : les concentrations sériques d’insuline et de glucose à jeun, l’index HOMA-IR (HOmeostasis Model Accessment of insuline resistance) comme marqueur de la résistance à l’insuline, et l’index HOMA-B, comme marqueur de la fonction des cellules bétapancréatiques et de la sécrétion d’insuline à jeun.

Les concentrations annuelles des polluants atmosphériques sur le lieu de résidence ont été estimées et l’association entre pollution de l’air et évolution des biomarqueurs dans le temps a été recherchée.

Résultats

Au total, 6.008 observations issues de 3.297 participants (77,4%) de la cohorte KORA ont pu être analysées. La mesure des biomarqueurs à différents temps a montré une association linéaire entre des taux élevés de PM10, de PM2,5, de PM2,5 absorbance (indicateur des PM2,5 émises par le trafic routier), de NO2, et dans une moindre mesure d’ozone, et l’augmentation des index HOMA-IR et HOMA-B, ainsi que de l’insuline à jeun. Aucune association n’a en revanche pu être mise en évidence entre la pollution de l’air et le glucose à jeun.

Pour chaque augmentation de l’écart interquartile des concentrations annuelles moyennes de polluants atmosphériques, l’HOMA-IR augmentait de façon significative de 2,5% [IC95% 0,3 à 4,7] pour les PM10, de 3,1% [IC95% 0,9 à 5,3] pour les PM2,5 et de 3,6% [1,0 à 6,3] pour les PM2,5 absorbance, de 3,2% [0,6 à 5,8] pour le dioxyde d’azote, et de 2,2% [-0,1 à 4,5] pour l’ozone (à la limite de significativité pour cette dernière). Il n’y avait pas d’augmentation significative pour les particules ultrafines lorsqu’elles étaient considérées globalement.

Ces associations se sont maintenues de façon robuste dans les différentes analyses de sensibilité.

Par ailleurs, les taux de polluants atmosphériques ont été positivement associés à la vitesse d’évolution annuelle de l’HOMA-IR, ainsi que de l’HOMA-B et de l’insuline à jeun, suggérant une compensation par une sécrétion plus importante d’insuline.

Chez les sujets âgés (>60 ans), les hommes, les personnes sans emploi, diabétiques ou prédiabétiques ou encore sédentaires, l’effet de la pollution de l’air sur la sensibilité à l’insuline était plus important.