La pollution de l’air affecte aussi la santé mentale des adolescents

  • Newbury JB & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 27 mars 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon cette étude de cohorte populationnelle réalisée en Angleterre et aux Pays de Galles, la pollution de l’air, et en particulier les dioxydes et les oxydes d’azote, sont associés à une augmentation du risque d’épisodes psychotiques chez les adolescents. Plusieurs mécanismes étiologiques sont discutés par les auteurs et au premier abord un effet direct sur le cerveau comme une neuro-inflammation et une neurodégénérescence dans le cortex frontal et le bulbe olfactif déjà évoqué par ailleurs. Mais les oxydes d’azotes étant fortement associés au trafic routier, un effet indirect lié à la pollution auditive due à ce traffic, au stress, à l’impact sur le sommeil et les troubles cognitifs durant l’enfance est également envisagé.

Ces épisodes psychotiques précoces présentant un risque d’évolution vers des troubles psychotiques ou d’autres problèmes psychiatriques à l’âge adulte, ces résultats soulèvent quelques inquiétudes quant aux conséquences de l’exposition des plus jeunes à la pollution de l’air en termes de santé publique.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Il a été clairement établi que le fait d’avoir grandi en ville multiplie par 2 le risque de développer une psychose à l’âge adulte. Or, comme 70% de la population mondiale vit aujourd’hui en zone urbaine, la compréhension des mécanismes impliqués prend une dimension particulièrement importante en santé humaine. La pollution atmosphérique, problème récurrent des métropoles, a été incriminée dans de nombreuses pathologies, notamment cardiologiques et respiratoires, mais aussi plus récemment dans la survenue de troubles psychiatriques. Les jeunes y étant plus vulnérables du fait de l’immaturité de leur système nerveux et respiratoire, elle pourrait bien représenter l’une des raisons à ce surrisque. Une étude britannique a donc recherché l’existence d’une association entre l’exposition à la pollution atmosphérique et la survenue d’épisodes de psychose chez les adolescents.

Méthodologie

La cohorteEnvironmental Risk Longitudinal Twin Study, représentative de la population britannique, est une étude de cohorte en population qui a suivi plus de 2.000 enfants depuis leur naissance jusqu’à leurs 18 ans en Angleterre et aux Pays de Galles. Des entretiens individuels ont été réalisés à l’âge de 18 ans de façon à recueillir les données concernant les éventuels épisodes psychotiques survenus durant l’adolescence (hallucinations, délires, expériences inhabituelles). Et l’exposition annualisée à 4 polluants atmosphériques a été estimée (dioxyde d’azote (NO2), oxydes d’azote (NOx) et les particules fines de diamètre inférieur à 2,5µm (PM2,5) et 10µm (PM10)) à partir d’une modélisation à haute résolution prenant en compte leur adresse et lieux de vie fréquents durant l’année précédant les entretiens.

Résultats 

  • Sur l’ensemble de la cohorte, les données psychiatriques à 18 ans ont pu être colligées auprès de 2.063 participants. Parmi eux, 623 ont eu au moins un épisode psychotique entre 12 et 18 ans.
  • Ces épisodes étaient significativement plus fréquents chez les adolescents qui appartenaient au quartile d’exposition aux polluants atmosphériques le plus élevé, avec des odds ratio de 1,45 [1,11-1,90] pour les PM2,5 , de 1,71 [1,28-2,28] et de 1,72 [1,30-2,29] pour les NO2 et  NOx. Et cette association perdurait après ajustement sur différents facteurs confondants (familiaux, symptômes psychotiques durant l’enfance, consommation de substances à l’adolescence, facteurs environnementaux de voisinage). Aucune association significative n’a en revanche pu être observée avec les PM10.
  • À eux seuls, les NOet les NOexpliquaient 60% de l’association observée entre la vie en zone urbaine et la survenue d’épisodes psychotiques chez les adolescents, avec des effets se chevauchant largement.

Limitations

Les épisodes psychotiques n’étaient pas confirmés par la clinique.

La modélisation de la pollution de l’air était basée sur l’adresse des sujets dans l’année précédant les entretiens à l’âge de 18 ans. L’impact d’une exposition plus précoce ou d’un effet cumulatif ne pouvait donc être exploré.