La place floue de la procalcitonine dans l’investigation de la bronchiolite du nourrisson

L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. Inscrivez-vous gratuitement

 

L’élévation de la procalcitonine (PCT) sérique semble associée à l’inflammation spécifique des infections bactériennes. Cette association a déjà été décrite dans les pyélonéphrites ou les méningites bactériennes pédiatriques et le dosage de la PCT a été décrit comme pouvant être plus discriminant que d’autres investigations. Dans la bronchiolite du nourrisson, son utilité n’a pas véritablement été étudiée. Or, le diagnostic de certitude de surinfection reste délicat dans cette population, nécessitant des prélèvements protégés difficiles à réaliser en pratique courante. À partir des données de leur centre, un service d’accueil des urgences pédiatriques (SAUP) parisien a cherché à déterminer si le dosage de la CRP permettait d’identifier des profils cliniques distincts parmi les nouveaux-nés atteints de bronchiolite.

Méthodologie

  • Le SAUP de l’hôpital Robert Debré (Paris) a exploité la base de données du laboratoire de biochimie afin d’identifier l’ensemble des enfants de moins de 24 mois ayant consulté les urgences pour bronchiolite, virose ou gêne respiratoire et ayant bénéficié d’un dosage de la PCT. Les dossiers médicaux de ces patients ont été passés en revue pour retenir ceux qui avaient bénéficié d’une confirmation du diagnostic de bronchiolite.

  • Les données cliniques (fièvre, troubles hémodynamiques), radiologiques, biologiques (prélèvements nasopharyngés pour recherche d’infection virale, hémoculture, ECBU...) et thérapeutiques ont été collectées et analysées selon que le taux de PCT était supérieur ou inférieur à la valeur seuil de 1µg/L, établie comme discriminante à partir d’une revue de la littérature.

Résultats

  • Au total, 136 des 529 enfants ayant bénéficié d’un dosage de PCT présentaient une bronchiolite aiguë et ont été inclus dans l’étude. Le taux médian de PCT était de 0,1 µg/L, 14,7% des enfants présentant un taux supérieur à 1 µg/L.

  • Parmi eux, 66,9% avaient moins de 3 mois, 63% présentaient une fièvre supérieure à 38°C, 18% présentaient une saturation en oxygène (SaO2) inférieure à 92% en air ambiant et 7% présentaient des troubles hémodynamiques.

  • Parallèlement, 94% des sujets avaient bénéficié d’une radiographie pulmonaire, avec identification de foyers alvéolaires pulmonaires chez 50 d’entre eux. Sur le plan infectieux, 85 enfants avaient bénéficié d’une recherche virologique, dont 60% était positive. Les recherches d’infection bactérienne (46% par hémoculture, 40% par ECBU et 8,8% par ponction lombaire) n’ont conclu à la présence d’aucun germe pathogène hormis une pyélonéphrite aiguë à E. coli.

  • Les enfants ayant un taux de PCT supérieur à 1 µg/L (n=20) présentaient une température (38,5 °C vs 37,5°C), une protéine C réactive (50 vs 5 mg/L), un taux de polynucléaires neutrophiles (7,8.109 vs 4,5.109/L) plus élevés que ceux qui avaient un taux de PCT inférieur (p significatifs). Ils avaient aussi plus souvent été traités par antibiotiques (65% vs 14,7%). Aucune différence n’a été observée entre les deux groupes concernant la présence d’opacités radiologiques.

Limites

  • L’étude était rétrospective et monocentrique.

  • La population incluse n’était pas une population souffrant de bronchiolite tout venant mais restreinte à ceux qui avaient réalisé un dosage de PCT, et dont la prescription avait été laissée à l’appréciation du praticien.

À retenir

Le dosage de PCT ne semblait pas, dans cette étude, offrir un outil prédictif d’une surinfection bronchique. Si certains marqueurs (CRP, PN) étaient plus élevés chez ceux qui présentaient un taux supérieur à 1 µg/L, il n’y avait pas de corrélation avec la présence ou non d’un foyer radiologique. Les auteurs remarquent aussi qu’aucun des enfants sans fièvre à l’admission n’avaient un taux sérique supérieur à 0,5 µg/L, suggérant que cet examen pourrait être inutile chez le sujet non fébrile. Enfin, l’association entre antibiotiques et taux de PCT suggère la possibilité d’une prescription fondée sur la valeur de cette dernière. De nouvelles études seraient nécessaires pour approfondir ces différents points.