La nutrition parentérale : un intérêt parfois limité chez les patients dénutris souffrant de cancer à un stade avancé

  • Oncologist

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Une étude française a évalué l’intérêt de la nutrition parentérale par rapport à l’alimentation orale chez les patients souffrant de cachexie à un stade avancé de cancer et sans déficience de la fonction intestinale. Les analyses montrent que par rapport à l’alimentation orale, la nutrition parentérale n’améliore ni la qualité de vie en lien avec la santé, ni la survie chez ces sujets, et favorise même le risque d’évènements indésirables graves infectieux. Ainsi, ces données ne permettent pas de recommander la prescription de la nutrition parentérale chez les sujets ayant un cancer avancé et souffrant de cachexie sans atteinte de la fonction intestinale lorsque l’espérance de vie est inférieure à 3 mois. 

Méthodologie

Cette étude prospective multicentrique, randomisée, contrôlée, a été menée chez des sujets souffrant de cancer avancé. Les sujets étaient randomisés pour recevoir soit une nutrition parentérale adaptée, soit une alimentation orale. L’alimentation parentérale était administrée par voie centrale. Les doses dépendaient du patient, avec l’objectif d’atteindre 30-35 kcal/kg/jour et 1,2 à 1,5 g/kg/jour de protéines sans excéder 1,25 fois les besoins énergétiques au repos. L’alimentation orale était maintenue avec un minimum de 1.000 kcal/j et 6g d’azote 5 jours par semaine. Le statut nutritionnel, la performance et la qualité de vie en lien avec l’état de santé ont été évalués en s’appuyant sur le questionnaire QLQ-C15-PAL rempli à l’inclusion, puis tous les mois jusqu’au décès.

Principaux résultats

Au global, 148 patients ont pu être randomisés à partir de 13 centres investigateurs. Parmi eux, 48 ont bénéficié d’une nutrition parentérale et 60 étaient dans le bras contrôle avec une alimentation orale seule.. L’âge médian de la population était de 67 ans, 55% des sujets étaient des femmes et la principale localisation du cancer était la sphère digestive (28,8% des cas). Parmi les cancers, 98% étaient métastatiques et l’espérance de vie moyenne était inférieure à un an (inférieure à 3 mois pour 14% des sujets, inférieure à 6 mois pour 54%). Près de la moitié des patients (49%) étaient sous traitement anticancéreux systémique. Sur l’ensemble de la population, la perte de poids moyenne était de 8,20 kg au cours des 6 derniers mois et 73% avaient un taux d’albumine faible. Les résultats en intention de traiter ne montrent aucune différence en ce qui concerne la qualité de vie en lien avec la santé entre le bras nutrition parentérale et alimentation orale pour la santé globale, le handicap et la fatigue. Une tendance négative a même été mise en évidence en ce qui concerne la survie globale pour les patients du groupe nutrition parentérale. Enfin, un taux plus important d’événements indésirables graves – principalement d’ordre infectieux –  a été notifié dans le bras nutrition parentérale.

Limites

La perte de poids et l’indice de masse corporelle ne suffisent pas à eux seuls pour définir la dénutrition d’un patient en phase avancée de cancer. Une sélection sur les données d’impédancemétrie des patients ou de l’évaluation de la musculature aurait été  préférable.