La norme contraceptive française en déclin


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales

Le paysage contraceptif français est très particulier. Dans le monde, les méthodes les plus utilisées sont, par ordre d'importance décroissante, la stérilisation féminine, le stérilet, la pilule, l'injection hormonale et enfin les méthodes « masculines » (stérilisation, préservatif, retrait). En France, c’est la pilule qui occupe largement la première place (environ 36,5% des méthodes utilisées en 2016), suivie par le stérilet, puis le préservatif masculin, les autres méthodes occupant une place marginale. Ces trois méthodes privilégiées se combinent dans ce que des sociologues ont appelé une « norme contraceptive française » : préservatif en début de vie sexuelle, pilule dès l'instauration d'une relation stable, stérilet une fois le nombre d'enfants souhaités atteint.

Cette norme est le fruit d'une histoire. La France a été le pays de la première révolution contraceptive, au 18ème siècle, grâce à la méthode du retrait, considérée comme masculine. Elle a entraîné une forte baisse de la natalité, qui a été rendue responsable du « dépeuplement » du pays, lui-même réputé cause de la défaite de 1870. Ainsi, les méthodes contraceptives, loin d'être encouragées, ont été longtemps condamnées, y compris judiciairement.

Dans les années 70, la pilule, méthode médicale à haute efficacité théorique, est devenue le symbole de l'émancipation des femmes et de la libération sexuelle. Cela a eu deux conséquences : d'une part, la contraception est devenu essentiellement une affaire de femmes, d'autre part, la relation médecin-usagère a pris le pas sur les discussions entre partenaires sexuels. Les médecins français ayant montré une certaine réticence à prescrire le stérilet à des nullipares, la pilule est devenue la méthode privilégiée.

Les choses sont en train de changer. Les femmes jeunes la considèrent de moins en moins comme un objet d'émancipation, d'autant moins après la crise de 2012 sur les pilules de 4ème génération. Ainsi, entre 2010 et 2013, le recours à la pilule a baissé de 18%, puis de 9% entre 2013 et 2016. Les femmes les plus favorisées se sont reportées sur le stérilet, les femmes de catégories plus populaires vers le préservatif ou le retrait. D'une manière générale, il existe aujourd'hui un mouvement de contestation de la norme au profit d'un « nouveau rapport entre usagère et soignant, donnant une place plus importante à l'information et aux préférences des femmes . »

Reste une autre révolution à venir, qui semble cependant enclenchée : que la « gestion mentale et matérielle de la fécondité du couple » ne soit plus un domaine essentiellement féminin. Le problème n'est pas seulement le faible nombre de méthodes à la disposition des hommes. Il est aussi qu'ils sont « considérés comme suspects » lorsqu'ils s'y intéressent, constat qui rejoint les travaux d'autres sociologues montrant que l'émancipation féminine, notamment domestique, peut être freinée par les femmes elles-mêmes.