La masse maigre, un marqueur plus pertinent que la surface corporelle pour calculer les doses de chimiothérapie chez le sujet âgé ?

  • Steinmeyer Z & al.
  • BMC Cancer
  • 27 nov. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Alors qu’une bonne corrélation masse maigre appendiculaire (MMA) avec la tolérance à la chimiothérapie a déjà été observée chez l’adulte, cette étude en cours cherche à valider la MMA comme facteur prédictif de la toxicité de la CT chez le sujet âgé.
  • Elle mesure la faisabilité de l’utilisation de l’absorptiométrie biphotonique à rayon X à cet effet.
  • Une approche qui pourrait bien modifier la prise en charge des patients âgés atteints de cancer.

 

Le risque de développer un cancer augmente avec l’âge. La plupart des sujets âgés concernés sont éligibles à recevoir une chimiothérapie (CT), mais ces sujets étant souvent exclus des essais, peu de données sont disponibles sur leur tolérance à la CT. On sait toutefois que des toxicités sévères (> grade 3) affectent plus de la moitié d’entre eux et qu’il faudrait sans doute adapter les traitements dans cette population qui regroupe des profil très hétérogènes au plan médical. Dans cet objectif, l’identification des marqueurs pronostiques de la tolérance à la chimiothérapie représente un enjeu majeur. Les études ont montré que la composition corporelle, et notamment la masse musculaire squelettique, ou masse maigre, pouvait prédire la tolérance chez l’adulte, mais cela n’avait pas été validé en population gériatrique jusqu’à ce jour. 

Mesurer la masse maigre appendiculaire avant la chimiothérapie

Une étude multicentrique en cours coordonnée par le CHU de Toulouse a inclus des sujets de 70 ans et plus chez qui il avait été diagnostiqué une tumeur solide ou un lymphome localement avancé ou métastatique et devant recevoir une chimiothérapie de première ligne. Avant la mise en route du traitement, différents paramètres sont évalués et la masse maigre appendiculaire (MMA), correspondant à la masse maigre des deux bras et jambes, est mesurée par absorptiométrie biphotonique à rayon X. Cette technique représente actuellement le gold standard pour mesurer la composition corporelle chez les sujets âgés. Puis les patients bénéficient d’une évaluation gériatrique à 3 mois, 6 mois et 1 an suivant l’inclusion. Les toxicités sévères de grade 4 pour les cancers hématologiques et de grade 3 (sévère) ou 4 (menaçant le pronostic vital) pour les tumeurs solides selon la 3 version des critères NCI-CTC, sont notifiées à chaque cycle.

La MMA comme facteur prédictif de la toxicité de la chimiothérapie

Actuellement, la CT est ajustée le plus souvent à la fonction rénale. Mais il est possible que celle-ci soit surestimée en cas de faible masse musculaire chez les sujets âgés et que ces patients soient dans ce cas exposés à une toxicité accrue à la CT. Dans cette étude qui n’a pas encore rendu ses résultats, les chercheurs suggèrent qu’il pourrait être intéressant de calculer la dose de CT en fonction de la MMA, car la surface corporelle actuellement utilisée ne peut prédire les variations pharmacocinétiques influencées par la composition corporelle (liposolubilité des drogues ou affinités pour les protéines), ni le risque de toxicité, et qu’elle n’est pas corrélée à la fonction rénale ou hépatique, alors que la tolérance à la CT est étroitement corrélée à la composition corporelle. La faisabilité de la mesure de la MMA par absorptiométrie biphotonique à rayon X est également interrogée par cette étude.