La ludification favorise-t-elle la compliance chez les jeunes VIH+ ?

  • David Desmet

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales de MediQuality
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Comment améliorer la compliance des patients VIH+ au traitement antirétroviral ? À en croire les résultats d’une nouvelle étude, une appli expérimentale développée aux États-Unis permettrait d’accroître la fidélité au traitement dans un groupe vulnérable de jeunes patients masculins porteurs du VIH. Baptisée Epic Allies, elle repose sur une combinaison d’outils d’auto-prise en charge, de ludification et de soutien social. L’analyse ne portait toutefois que sur un échantillon limité et il est encore trop tôt pour conclure à une évolution durable des comportements dans un sens positif.

Les hommes âgés de 16 à 24 ans qui ont des rapports avec des partenaires du même sexe (MSM, men who have sex with men) représentent aux États-Unis le plus important groupe de population infecté par le VIH. S'il s'agit évidemment là d'une fort triste statistique, cet état de fait a tout de même ceci de positif que, s'il est possible de développer un moyen efficace pour maintenir la compliance à un niveau le plus élevé possible (et donc d'optimiser la suppression virale) dans cette population particulièrement vulnérable, cela aura automatiquement aussi au fil du temps des répercussions positives sur les autres groupes d'âge.

« Un pont vers les soins »

Une équipe de comportementalistes américains a eu l'idée d'approcher une entreprise spécialisée dans le développement d'applications mobiles en vue de réfléchir ensemble à un outil susceptible d'améliorer la compliance dans le groupe des hommes de 16 à 24 ans. Leur collaboration a débouché sur une appli expérimentale qui combine des caractéristiques propres aux jeux vidéo et aux réseaux sociaux. Les utilisateurs reçoivent des rappels lorsqu'il est temps de prendre leurs médicaments, mais aussi des récompenses sous la forme d'un système de points et des encouragements des autres « joueurs » qui ont téléchargé l'appli.

L'étude réalisée avec Epic Allies avait pour critère d'évaluation l'obtention d'une suppression virale chez le plus possible de jeunes gens… et les résultats sont encourageants. Les 146 participants ont été attribués aléatoirement soit à un groupe intervention qui utilisait l'appli, soit à un groupe contrôle qui recevait simplement des informations hebdomadaires sur la compliance sous forme de sms. Lors d'une évaluation intermédiaire après 26 semaines, 73,5% du groupe contrôle et 62,9% des utilisateurs de l'appli étaient en suppression virale. À la fin de l'étude (qui correspondait à l'arrêt de l'utilisation de l'appli), cette proportion s'élevait toutefois à 64% dans les deux groupes, soit une légère amélioration chez les utilisateurs d'Epic Allies et un net recul dans le groupe contrôle.

Les participants qui utilisaient l'appli plusieurs fois par semaine (4 jours/semaine ou plus) voyaient leur probabilité d'être en suppression virale après 13 semaines augmenter de 56% en comparaison avec les jeunes gens qui ne l'utilisaient pas du tout. La probabilité d'une compliance presque parfaite au traitement antirétroviral à la semaine 13 et à la semaine 26 était aussi deux fois plus élevée chez les utilisateurs réguliers que chez les sujets du groupe contrôle.

Même si l'expérience Epic Allies est aujourd'hui terminée et que la population d'étude était trop petite pour pouvoir tirer des conclusions solides, les chercheurs sont plus que jamais convaincus qu'une application mobile peut être un pont vers les soins, même s'il est évident qu'elle ne remplacera jamais un bon réseau de prestataires.

Cet article a initialement été publié sur le site MediQuality