La grossesse favorise-t-elle une évolution plus sévère de l’infection par le SARS-CoV-2 ?

  • Chamseddine RS & al.
  • J Pregnancy
  • 1 janv. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Cette revue de la littérature qui a analysé l’évolution de femmes enceintes infectées par le SARS-CoV-2 et de leurs nouveau-nés vient confirmer que la grossesse et l’accouchement n’aggravent pas l’évolution de l’infection.
  • Le pronostic des mères est généralement bon, même en l’absence de traitement antiviral.
  • Cependant, les nouveau-nés et les patientes ayant des comorbidités gestationnelles ou autres doivent être surveillées plus étroitement pour prévenir une évolution vers une forme plus sévère.

 

Des modifications de la physiologie pulmonaire apparaissent au cours du dernier trimestre de grossesse, laissant craindre en cas d’infection par le SARS-CoV-2 davantage de complications et d’hospitalisations chez les femmes enceintes par rapport à celles qui ne le sont pas. C’est en tous cas ce qui avait été observé lors de l’épidémie H1N1 de 2009.

Une première revue de la littérature ayant comparé l’épidémie de SARS-CoV-2 à de précédentes épidémies de coronavirus a montré que le virus qui nous occupe aujourd’hui était associé chez les femmes enceintes à davantage de naissances prématurées, de souffrances fœtales, ainsi que de décès périnataux et d’accouchements par césarienne. Avec un peu plus de recul sur l’épidémie, une étude qatarie, dont les résultats viennent de paraître dans le Journal of Pregnancy, a recherché dans la littérature toutes les infections par le SARS-CoV-2 survenues au cours de la grossesse, afin d’en analyser plus précisément les conséquences chez la mère comme chez l’enfant.

Méthodologie

Toutes les études ayant porté sur une infection par le SARS-CoV-2 durant la grossesse ont été recherchées sur PubMed et Medxiv entre décembre 2019 et juillet 2020. Les cas de femmes enceintes et disposant d’un diagnostic confirmé d’infection par le SARS-CoV-2 ont été retenus, soit 245 grossesses issues de 48 études.

Résultats

  • Parmi ces femmes enceintes confirmées positives au SARS-CoV-2, l’âge moyen était de 28,3 ans et l’âge gestationnel moyen de 35,7 semaines.
  • Chez ces jeunes mères, les symptômes les plus couramment rapportés avant l’accouchement étaient la fièvre (55,9%), la toux (36,3%), la dyspnée (12,7%) et la fatigue (11,4%). Seules 4,5% d’entre elles étaient asymptomatiques. Après l’accouchement, le symptôme le plus fréquent était la fièvre.
  • Aucun décès, ni aucune admission en soins intensifs n’ont été observés et seules 4,1% des patientes ont développé une détresse respiratoire.
  • Sur le plan de la biologie, les anomalies les plus fréquemment rapportées étaient des taux élevés de CRP, une neutrophilie, une lymphopénie et une leucocytose. Le scanner thoracique montrait fréquemment les signes typiques d’une infection virale avec des opacités en verre dépoli, le plus souvent de façon bilatérale.
  • Concernant les complications rencontrées chez ces femmes, 89% d’entre elles avaient accouché par césarienne, un taux nettement plus élevé que celui retrouvé en population générale (15%).
  • Des complications gestationnelles (diabète gestationnel, prééclampsie/hypertension gestationnelle et complications placentaires) étaient rencontrées chez 33% des patientes.
  • Les informations récoltées à partir de 201 nouveau-nés ont montré que 35,3% d’entre eux étaient nés avant terme, avant 36 semaines de grossesse ; une souffrance fœtale avait été rencontrée chez 2,8% d’entre eux et 4,4% ont présenté des anomalies respiratoires après la naissance ; 2,5% des enfants sont mort-nés ou décédés peu de temps après la naissance, un taux là aussi plus élevé que dans la population générale. Bien que ces décès ne soient pas directement en lien avec l’infection, il est possible que l’inflammation placentaire qu’elle engendre ait provoqué une souffrance fœtale, même lorsque le fœtus n’était pas lui-même infecté.
  • Les prélèvements réalisés après la naissance n’ont pas apporté d’arguments en faveur d’une transmission verticale ni par l’allaitement maternel.

Limites

Hétérogénéité des études prises en compte et du rapport des méthodologies utilisées.