La glycémie préopératoire, un facteur prédictif du risque post-opératoire

  • Punthakee Z et al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol.
  • 26 juil. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Chez des sujets ayant subi une intervention chirurgicale non cardiaque, les taux de glucose sanguin préopératoires semblent prédire le risque d’infarctus du myocarde dans les 3 jours suivant l’intervention, ainsi que la mortalité à 30 jours. Cette relation apparaît de façon plus évidente avec les mesures courantes de glucose et chez les sujets sans diabète connu. Ce paramètre facile à mesurer, pourrait être pris en compte parmi d’autres facteurs de risque, pour évaluer le risque post-opératoire, discuter la décision chirurgicale et, en cas d’intervention, mettre un place une surveillance plus rapprochée.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Le diabète est un facteur de risque cardio-vasculaire bien connu. Mais en réalité, le risque démarre pour des valeurs de glycémie bien en-dessous de celle qui définit le diabète et existe donc aussi chez les non-diabétiques, comme en population générale. Par ailleurs, les infarctus du myocarde constituent une complication post-opératoire fréquente après chirurgie non cardiaque. Concernant 8 à 18% des patients, ils restent souvent méconnus du fait de l’absence de symptômes ischémiques en phase post-opératoire, mais représentent un facteur prédictif important de mortalité durant cette période. L’étude glucoVISION, dont les résultats sont parus dans The Lancet Diabetes & Endocrinology, s’est donc intéressée à la glycémie préopératoire comme possible facteur de risque d’infarctus du myocarde post-opératoire chez des patients ayant subi une chirurgie non cardiaque.

Méthodologie

L’étude de cohorte VISION prospective, multicentrique, et internationale a collecté les glycémies préopératoires de 12.000 sujets à partir de leurs dossiers médicaux. L’origine de la mesure (en laboratoire ou sur le bout du doigt), le délai depuis la dernière prise alimentaire, le type de chirurgie et le degré d’urgence chirurgicale était enregistré. Seuls les patients disposant d’au moins une mesure post-opératoire des concentrations en troponine T étaient inclus dans l’analyse glucoVISION. Les infarctus du myocarde (IDM) définis par des valeurs de troponine ≥0,03 ng/ml et l’avis d’un praticien dans les 3 jours suivant la chirurgie constituaient le critère principal d’évaluation.

Résultats

  • Au total, 11.954 patients ont pu être pris en compte dans l’analyse. 2.809 disposaient d’une mesure à jeun ou courante (autre qu’à jeun) de la glycémie préopératoire.
  • Un infarctus du myocarde après chirurgie non cardiaque s’est produit dans les 3 jours post-chirurgie chez 7% des sujets, dont 11% de diabétiques et 6% de non diabétiques (Odds ratio de 1,98 [1,70-2,30], p
  • Une relation linéaire a pu être observée entre les mesures de glycémie courantes et les IDM dans les 3 jours post-opératoires d’une part, et les décès post-opératoires à 30 jours d’autre part. Le Odds ratio ajusté sur différents facteurs confondants pour les IDM (âge, sexe, antécédent de diabète, traitements antidiabétiques, etc.) augmentait de 6% pour chaque augmentation de la glycémie de 1 mmol/L (p=0,0003), chez les diabétiques comme chez les non diabétiques.
  • Concernant la mortalité à 30 jours, le hazard ratio augmentait de 8% pour chaque augmentation de la glycémie de 1 mmol/L (p=0,0051), et cet effet sur la mortalité était essentiellement porté par l’augmentation des concentrations de glucose chez les non diabétiques.
  • Chez les patients diabétiques, seule une mesure courante de glycémie supérieure à 7,92 mmol/L est apparue prédictive d’IDM post-opératoire (OR 1,47 [1,10-1,96], p=0,0096) (pas de valeur seuil sur la glycémie à jeun).
  • Chez les patients sans diabète, des valeurs de glycémie dépassant les valeurs seuil de 6,86 mmol/L pour la glycémie courante (OR 1,71 [1,36-2,15], p