La gestion des erreurs médicamenteuses, réalisable en MSP


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Dans un travail conduit par une Maison de Santé Pluridisciplinaire bourguignonne, et paru dans Thérapie, 64 erreurs médicamenteuses (EM) ont été observées durant 3 mois parmi 4.712 consultations médicales et ont principalement concerné les plus de 70 ans, au domicile. Elles ont conduit à une atteinte clinique grave dans 17,2% des cas. Trois hospitalisations ont dû être envisagées pour un effet indésirable dû à un médicament, et ont conduit à 1 cas avec séquelles et 1 décès.
  • La plupart des EM découlait de l’étape de prescription, principalement du fait d’une erreur de médicament ou d’une mauvaise observance. Les défauts dans le processus de soins, le contexte dans lequel le soignant intervient et l’état du patient et du soignant apparaissaient comme des facteurs de risque de survenue d’EM, tandis que la réactivité du pharmacien et la qualité de la communication dans l’équipe sont apparues comme des facteurs protecteurs.

Pourquoi est-ce important ?

Cette étude est la première à décrire la faisabilité et l’apport de l’analyse des EM en milieu ambulatoire, au sein d’une MSP. Ses auteurs soulignent l’importance de l’adhésion de l’équipe à la démarche, la nécessité de coordination par un professionnel formé, d’utiliser des outils validés et adaptés, et d’adapter le rythme de réunion et le nombre d’actions à engager à la réalité de la structure, afin que la démarche soit compatible avec l’activité habituelle de chacun des professionnels.

Principaux résultats

  • Durant les 3 mois de l'étude, 64 cas d’EM confirmés ont été recensés (âge moyen : 66,9 ans, 64% après 70 ans, 9,4% avant 9 ans), soit 13,6 EM/1.000 consultations médicales. Les médecins (65,6%), puis les pharmaciens (21,8%) étaient les principaux professionnels ayant fait ces déclarations.
  • Les 64 EM se divisaient en 35 cas avérées interceptés après atteinte du patient, 24 interceptées avant et 5 cas étaient considérés comme potentiels (risque d'erreur ou circonstance susceptibles de provoquer l'erreur).
  • La plupart des EM avaient eu lieu au domicile du patient et concernaient surtout la prescription ou l’administration. Un tiers des EM se situaient à l’interface entre l'hôpital, le domicile et/ou une autre structure, et étaient liés à un problème de transmission des informations ou de prise en charge.
  • Dans 51,5% des cas, l'EM était d'abord liée à un problème de prescription (inexistante, incomplète, erronée, illisible). L'administration et la délivrance étaient concernées dans 28,1% et 15,6% des cas respectivement. La nature du cas était le plus souvent une erreur de médicament (37,5%) puis une mauvaise observance (18,75%).
  • Pour les déclarants, la réactivité du pharmacien (23,8%) et la bonne communication au sein de l’équipe (13,4%) étaient deux principaux facteurs protecteurs vis-à-vis du risque d'EM. En revanche, parmi les 85 causes identifiées pour l'ensemble des 64 EM, 59 cas étaient liés au contexte d'action du soignant (lieu, acte urgent ou non, surcharge de travail...) et 39 à la coordination des soins (défaut de communication au sein de l'équipe ou avec l'hôpital, suivi absent...). Enfin, 42 cas étaient liés à des acteurs humains propres au patient (troubles cognitifs, alcoolisme,...) et 26 à ceux propres au soignant (excès de confiance, fatigue...).
  • Onze EM ont eu des répercussions cliniques, avec une gravité considérée comme catastrophique dans 2 cas (1 hémorragie cérébrale et 1 hémorragie digestive sous AVK ayant respectivement conduit à des séquelles et à un décès).
  • Une hiérarchisation des cas considérés comme majeurs a permis d'identifier les besoins et actions à mettre en place : l'équipe de la MSP a mis en place 7 actions, dont un protocole d’initiation et de suivi des AVK.
  • La quasi-totalité des professionnels ont considéré la démarche intéressante et le questionnaire de recueil a été considéré comme acceptable par 84% d'entre eux.

Méthodologie

L’étude a été mise en place dans une MSP de Nièvre (Saint-Amand en Puisaye) regroupant 3  médecins généralistes, un médecin remplaçant, un interne de médecine générale, une kinésithérapeute, deux infirmières diplômées d’État (IDE), une IDE remplaçante, un dentiste, une sage-fe mme, une coordinatrice administrative, un service d’aide à domicile, deux secrétaires et d’autres professionnels (diététicienne, orthophoniste, podologue, psychologue, ostéopathe), auxquels ont associés deux pharmaciens et deux préparateurs en pharmacie de la commune.