La fluoxétine peine à faire ses preuves pour réduire les troubles obsessionnels compulsifs chez les jeunes autistes

  • Reddihough DS & al.
  • JAMA
  • 22 oct. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Chez des enfants et adolescents souffrant de troubles du spectre autistique, de faibles doses de fluoxétine permettent de réduire de façon significative les scores de troubles obsessionnels compulsifs à 16 semaines par rapport au placebo.
  • Cette différence ne conserve toutefois pas sa significativité dans les analyses de sensibilité prenant en compte différents facteurs confondants et les différences intergroupes sur des paramètres clés à l’inclusion.
  • Au vu du nombre important de sorties d’essais prématurées et de données manquantes, les auteurs envisagent tout de même la possibilité de l’existence d’un effet qui serait masqué par le manque de puissance des analyses de sensibilité.

 

Parmi les enfants souffrant d’un trouble du spectre autistique, 21% à 32% reçoivent une prescription d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) du fait de l’implication de ce neurotransmetteur (en excès) dans la physiopathologie de ces troubles. Mais l’intérêt de la recapture de la sérotonine reste incertain dans ce contexte et les résultats d’études ayant évalué l’efficacité des ISRS restent à ce jour contradictoires. Une équipe australienne s’est emparé de la question et vient de rendre ses résultats dans JAMA Psychiatry. Dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé réalisé sur 3 centres australiens et sur un échantillons relativement large, elle a évalué l’efficacité d’un ISRS fréquemment prescrit, la fluoxétine, pour réduire la fréquence et la sévérité des troubles obsessionnels compulsifs chez des enfants et adolescents souffrant de troubles du spectre autistique.

Mesurer l’efficacité de la fluoxétine sur la fréquence et la sévérité des troubles obsessionnels et compulsifs

L’essai a inclus 146 sujets de 7,5 à 18 ans (11,2 ans d’âge moyen) disposant d’un diagnostic de troubles du spectre autistique, avec un score d’au moins 6 sur l’échelle Children’s Yale-Brown Obsessive Compulsiveadaptée aux troubles développementaux envahissants (CYBOCS-PDD). Les participants ont été randomisés pour recevoir de la fluoxétine ou un placebo. La fluoxétine était titrée sur une période de 4 semaines pour atteindre des doses maximum de 20 mg pour les enfants et adolescents pesant moins de 30 kg et de 30 mg pour ceux qui pesaient plus de 40 kg. Les sujets du groupe fluoxétine étaient plus souvent des garçons et avaient plus fréquemment des antécédents familiaux d’autisme, tandis que ceux du groupe placebo avaient des scores plus élevés sur l’échelle des comportements répétitifs (CR) ou sur l’échelle Aberrant Behavior Checklist lethargy(ABCl). Par ailleurs, le nombre d’arrêts prématurés de traitement a été important dans cette étude, 41% dans le groupe fluoxétine et 30% dans le groupe placebo, de même que les données manquantes.

Une différence entre intervention et placebo ne résistant pas aux analyses de sensibilité

Au final, les données de 109 participants ont pu être analysées après 16 semaines de traitement. Les scores sur l’échelle CYBOCS-PDD se sont réduits davantage dans le groupe fluoxétine que dans le groupe placebo, avec une différence moyenne à 16 semaines entre les deux groupes de -2,01 [-3,77 à -0,25] (p=0,03), atteignant la pertinence clinique (>2). Cette différence perdait cependant sa significativité dans les analyses de sensibilité prenant en compte différents facteurs confondants comme le sexe, les capacités verbales, et les scores CYBOCS-PDD, CR et ABCl à l’inclusion : -1,17 [-3,01 à -0,67], p=0,21.