La dapagliflozine : un intérêt chez le diabétique, mais pas seulement

  • Petrie MC & al.
  • JAMA
  • 27 mars 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les analyses exploratoires d’une étude de phase 3 internationale montrent que l’effet de la dapagliflozine sur la réduction de l’aggravation de l’insuffisance cardiaque et de la mortalité cardiovasculaire chez des sujets qui souffrent d’insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection diminuée est retrouvé à la fois chez les sujets diabétiques et non diabétiques. Les bénéfices cardiovasculaires de la dapagliflozine chez les non-diabétiques se sont révélés être de la même ampleur quel que soit le niveau d’HbA1c. Ces données renforcent l’idée que la dapagliflozine aurait une action sur la fonction cardiaque indépendamment de son action hypoglycémiante, potentiellement par son effet diurétique. 

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

La dapagliflozine disponible en France depuis le 1eravril 2020 est un traitement anti-hyperglycémiant qui a démontré un bénéfice cardiovasculaire chez les sujets diabétiques de type 2. Les données présentées ici montrent que le bénéfice cardiovasculaire de cette molécule se retrouve chez les sujets n’ayant pas reçu de diagnostic de diabète de type 2, quel que soit leur taux d’HbA1c, c’est-à-dire qu’ils aient une HbA1c normale ou un statut pré-diabétique. Initialement destinée aux patients diabétiques, cette molécule pourrait également s’avérer utile chez des sujets non diabétiques souffrant d’insuffisance cardiaque avec réduction de la fraction d’éjection ventriculaire.

Méthodologie

Il s’agit d’analyses exploratoires d’une étude internationale, randomisée de phase 3 (DAPA-HF, Dapagliflozine And Prevention of Adverse Outcomes in Heart Failure) menée chez des sujets diabétiques et non diabétiques. Les patients inclus avaient un score NYHA (New York Heart Association) de niveau II à IV, avec une fraction d’éjection inférieure ou égale à 40% associée à une augmentation des taux de NT-proBNP (N-terminal pro B-type natriuretic peptide). Les sujets étaient randomisés pour recevoir quotidiennement une dose de dapagliflozine 10 mg ou un placebo. Les patients ont été évalués au 14eet 60ejours après la randomisation, puis à 4 mois, et ensuite tous les 4 mois.

Principaux résultats

Au total, 4.744 patients ont été randomisés (n=2.373 sous dapagliflozine, n=2.371 sous placebo). L’âge moyen de la population était de 66 ans et 23% étaient des femmes. Sur l’ensemble des individus, 55% ne souffraient pas de diabète. Parmi ces sujets, 67,2% avaient un taux d’HbA1c d’au moins 5,7% lors de la première ou de la seconde visite. L’indice de masse corporelle, la fréquence cardiaque, la pression artérielle systolique et les taux de NT-proBNP étaient significativement plus faibles et le débit de filtration glomérulaire plus élevé chez les sujets non diabétiques. Le taux moyen d’HbA1c était de 7,4% chez les sujets diabétiques versus 5,8% chez les sujets non diabétiques. La durée médiane du diabète était de 7,41 années. Un pourcentage assez similaire de sujets était traité par inhibiteurs du système rénine-angiotensine ou un minéralo-corticoïde chez les diabétiques (93,3% et 71,5%) et chez les non diabétiques (93,9% et 70,7%).

Le suivi médian pour le critère composite principal d’évaluation variait entre 16,6 et 18 mois pour les patients diabétiques ou non, sous dapagliflozine ou placebo. Le critère composite principal d’évaluation (aggravation de l’insuffisance cardiaque ou décès d’origine cardiovasculaire) était survenu :

  • Chez 20,0% des sujets diabétiques du bras dapagliflozine et 25,5% des sujets diabétiques du bras placebo. 
  • Chez 13,2% des sujets non diabétiques du bras dapagliflozine et 17,7% des sujets non diabétiques du bras placebo,

Des analyses en sous-groupes ont mis en évidence une réduction du risque d’aggravation d’une insuffisance cardiaque ou de la mortalité cardiovasculaire de 26% et 33% respectivement chez les sujets ayant une HbA1c d’au-moins 5,7% diabétiques et non diabétiques.

Parmi les sujets diabétiques, une déplétion volumique a été rapportée chez une proportion semblable de patients traités par dapagliflozine ou placebo (7,8%), et un effet indésirable rénal a été notifié chez 8,5% des sujets traités par dapagliflozine et 8,7% de ceux sous placebo.

Chez les sujets non diabétiques, 7,3% et 6,1% ont présenté une déplétion volumique et 4,8% et 6,0% un effet indésirable rénal respectivement sous traitement actif et placebo.

Limites

Il s’agit d’analyses exploratoires.

Financements

Étude financée par AstraZeneca