La consommation de cocaïne en passe de détrôner celle d’héroïne


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Chaque année, l’OFDT (Observatoire Français des drogues et des toxicomanies) envoie à son équivalent européen un rapport sur l’état du phénomène de la drogue dans le pays. Très complet, le document couvre un large éventail de sujets, depuis la description de l’actuel plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 jusqu’à la prise en charge des toxicomanes en prison. Après avoir rappelé qu’en 2017, « le total des dépenses publiques en faveur de la lutte contre les drogues et les conduites addictives est estimé à 2,45 milliards d’euros », cet article portera sur les données concernant les consommations et les problèmes de santé qui leur sont liés.
Consommation : le cannabis largement en tête
En 2017, le cannabis était de très loin la substance illicite la plus consommée : 18 millions de personnes l’avaient déjà essayé, dont 45% des adultes de 18 à 64 ans. Parmi les usagers de l’année de cette tranche d’âge, la proportion de ceux ayant un risque élevé d’usage problématique était de 25%, soit 2,3% de la population française âgée de 18 à 64 ans. En 2018, 6,7% des collégiens (âge moyen 13,5 ans) en avaient consommé, proportion en baisse par rapport à 2014 (9,8%).
La cocaïne était le deuxième produit illicite le plus consommé, mais avec un nombre de personnes l’ayant essayé presque dix fois moindre. Cependant, la part des 18-64 ans l’ayant expérimenté a été multipliée par plus de quatre entre 1995 (1,2%) et 2017 (5,6%). Cette consommation n’est plus réservée aux catégories aisées de la population, elle touche l’ensemble des couches sociales.
La proportion des 18-64 ans consommant la MDMA/ecstasy s’élevait à 1,0% en 2017 (comme en 2014). Pour l’héroïne, elle n’était que de 0,2%.
En 2017, la polyconsommation régulière de tabac, d’alcool ou de cannabis concernait 9,3% des adolescents de 17 ans, le cumul des trois usages réguliers en concernant 1,9%. Les adolescents et jeunes gens consultant dans les CJC (consultations jeunes consommateurs) pour usage problématique de cannabis étaient pour 87% d’entre eux fumeurs quotidiens de tabac et 10% étaient des buveurs réguliers d’alcool, 22% déclarant au moins trois alcoolisations ponctuelles importantes dans le mois.
Augmentation des demandes de traitement pour usage de cocaïne
En 2017, la prescription des traitements de substitution aux opioïdes était principalement le fait des médecins généralistes de ville, les produits étant délivrés en pharmacie (162.300 personnes, contre 23.330 dispensations en Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie). Cependant, 74% des demandes de traitement concernaient des usagers de cannabis. Celles liées à la cocaïne ont plus que doublé entre 2014 et 2018 (chiffres non communiqués) et pourraient dépasser celles liées aux opioïdes, en baisse.
En 2017, le nombre de décès par surdose était de 537, les opioïdes étant en cause dans 78% des cas (dont 45% liés à un médicament de substition aux opioïdes) et la cocaïne dans 26% des cas. En 2015, il y a eu près de 13.000 passages aux urgences en lien avec l’usage de drogues, pour plus du quart en lien avec le cannabis, un peu moins du quart en lien avec les opioïdes et dans 7% des cas avec la cocaïne. Dans 36% des cas, les substances étaient multiples ou non précisées.
En 2017, la contamination par usage de drogues par voie injectable a représenté 2% des découvertes de séropositivité au VIH, chiffre qui diminue régulièrement depuis 2010 (13,3% en 2011). Enfin, parmi les 59.000 patients traités pour hépatite C chronique entre 2014 et 2017, il y avait au moins 11.000 anciens ou actuels usagers de drogues.