La consommation d’œufs augmente-t-elle ou pas le risque d’IDM ?

  • Djoussé L & al.
  • Clin Nutr
  • 24 déc. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les données concernant l’influence de la consommation d’œufs sur le risque de coronaropathie sont peu nombreuses et contradictoires. Des chercheurs américains ont évalué sur une très importante cohorte de “vétérans” américains l’influence de la consommation d’œufs sur le risque d’IDM (infarctus du myocarde) non fatal en tenant compte de l’adiposité et de la présence ou non d’un diabète. Les résultats suggèrent qu’il n’y aurait pas de sur-risque significatif jusqu’à une consommation de 4 œufs/semaine. En revanche le risque d’IDM commencerait à augmenter significativement au-delà.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

Les œufs sont des produits abordables en prix, riches en protéines, minéraux, vitamines et en acides-gras oméga 3. De fait, ils présentent des bénéfices non négligeables pour la santé et sont facilement accessibles. Les œufs ont été particulièrement décriés il y a quelques années du fait de leur composition en cholestérol – en moyenne, environ 200 mg/œuf – et en choline qui peut être métabolisée en trimethylamine N-oxide (TMAO) constituant associé au risque de maladies cardiovasculaires. L’hétérogénéité des résultats pouvait en partie être liée à l’adiposité ou à la présence d’un diabète chez les individus. Des chercheurs ont donc souhaité évaluer à travers cette large cohorte l’influence de ces 2 paramètres dans la relation entre consommation d’œufs et le risque de coronaropathie.

Protocole de l’étude

Les données de 188.267 vétérans américains (âge moyen 64,4 ans, 9,9% de femmes) issues de la cohorte Million Veteran Programont été collectées entre 2011 et 2018 et analysées. Les cas incidents d’IDM ont été identifiés viales données de santé recueillies et la consommation d’œufs estimée par un questionnaire auto-administré évaluant la consommation alimentaire.

Principaux résultats

La fréquence moyenne de consommation d’œufs au sein de la cohorte était de 3 œufs par semaine. Une consommation fréquente était associée au sexe masculin, à un IMC élevé, un score DASH faible (Dietary Approach to Stop Hypertension), un tabagisme ancien et la forte prévalence du diabète ou de l’hypertension. Au total, 10.260 cas incidents d’IDM non-fatal ont été rapportés au cours de la période d’évaluation de 3,24 ans. Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’origine ethnique, l’IDM, le tabagisme, l’activité physique, la consommation d’alcool et la consommation alimentaire globale, le risque d’IDM non fatal était significativement augmenté de 11% et 13% pour une consommation respective d’un œuf par jour et de plus de deux œufs par jour. Des résultats similaires ont été retrouvés lorsque les analyses portaient sur la consommation d’œufs et le risque composite d’IDM fatal et non-fatal, l’angioplastie coronaire et la revascularisation coronarienne : +12% pour une consommation d’un œuf/j et de +15% pour une consommation de plus de 2 œufs/j. La stratification en fonction de l’IMC et de la prévalence ou non d’un diabète a montré une augmentation significative du risque d’IDM non-fatal seulement pour les sujets en surpoids ou obèses (IMC >25kg/m2). Une consommation de 2-4 œufs/semaine n’augmentait pas significativement le risque d’IDM, alors qu’une consommation de 5-6 œufs/semaine l’augmentait significativement de 17%. 

Principales limitations

Manque d’ajustement sur l’ensemble de la consommation alimentaire, ce qui peut avoir impacté le risque d’IDM. Par ailleurs la consommation d’œufs a été jugée à travers un seul questionnaire.