La cohorte française ANRS-PRIMO confirme l’augmentation des conduites à risque chez les HSH infectés par le VIH

  • Champenois K & al.
  • AIDS
  • 20 juin 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Le suivi longitudinal de la cohorte française ANRS-PRIMO (suivi semestriel), conduite depuis 1996, montre que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) rapportent de manière croissante avoir des relations non protégées entre 2000 et 2017, que le partenaire soit occasionnel ou régulier, et indépendamment de leur statut VIH respectif. Cette dynamique est particulièrement marquée depuis 2010. Par ailleurs, le pourcentage d’HSH déclarant avoir eu au moins un partenaire sexuel dans les 6 mois précédents a aussi augmenté au cours du temps.

  • Ainsi, cette cohorte prospective longitudinale permet de confirmer l’idée d’une augmentation des comportements sexuels sur les 18 dernières années, comme cela a pu être supposé par différentes études transversales conduites sur cette même période. Cette cinétique concerne toutes la communauté des participants et non uniquement les plus récemment diagnostiqués. L’absence d’influence de la charge virale sur le recours aux préservatifs conforte l’hypothèse que les TasP, comme la PrEP pour les personnes séronégatives, pourrait conduire à des rapports moins protégés. Étant donné le risque de transmission du VIH et d’autres IST persistant parmi les HSH, les notions de protection et de dépistage régulier doivent être renforcés afin de maintenir le bénéfice apporté par ces deux approches thérapeutiques préventives.

Pourquoi est-ce important ?

L’incidence des nouvelles infections VIH augmentent ces dernières années, particulièrement au sein du groupe des HSH. Le concept de Traitement d’une personne séropositive comme Prévention (TasP) s’étant imposé au début des années 2010, on peut supposer que, depuis, la fréquence des rapports non protégés a augmenté entre les sujets ayant une charge virale indétectable et des partenaires stables sérodiscordants. Il était intéressant d’évaluer si cette hypothèse est vérifiée, et si d’autres comportements ou tendances à risque pouvaient être tirés du suivi de la cohorte ANRS-PRIMO entre 2000 et 2017.

Méthodologie

La cohorte ANRS-PRIM O a été constituée à partir de 1996 en enrôlant des sujets vivant avec le VIH-1 depuis moins de trois mois. Elle a, jusqu’en octobre 2017, recruté 2.083 patients dans 99 centres français. Après l’inclusion, chacun était suivi à 1, 3, 6 mois puis tous les 6 mois. Ils bénéficiaient d’un examen clinique, biologique et d’un autoquestionnaire sur leur comportement qui a été anonymisé à partir de 2000.

Principaux résultats

  • L’analyse a pu être conduite à partir des données de 1.364 HSH de la cohorte, dont 83% se disaient gays et 17% bisexuels. Ils étaient en moyenne âgés de 35 ans et suivis depuis 66 mois. Parmi les 10.657 questionnaires de comportement leur correspondant sur la période 2000-2017, 53% étaient associés à une phase où la charge virale était indétectable.
  • Entre 2000 et 2014, l’augmentation chronologique de plusieurs paramètres ont été observés : le nombre de sujets ayant eu au moins un partenaire sexuel dans les 6 derniers mois, les relations non protégées avec un partenaire habituel ou occasionnel, sérodiscordant ou non.
  • Une interaction significative était observée entre la charge virale et la tendance à avoir au moins un partenaire régulier ou au moins un partenaire occasionnel.
  • Les rapports non protégés avec un partenaire régulier étaient rapportés dans 12% des visites en 2000 et 28% en 2010, pour passer à 53% en 2017. En cas de partenaire sérodiscordant, ce chiffre était de 5% en 2000, 10% en 2010 et 40% en 2017. Avec un partenaire occasionnel, les rapports non protégés concernaient cette fois 9% des visites en 2000 et 31% en 2010, un taux resté stable depuis. En cas de partenaire sérodiscordant, ce chiffre était de 5% en 2000, 24% en 2014, puis était stable.
  • En janvier 2013, il a été demandé aux participants les raisons pour lesquelles ils n’utilisaient pas régulièrement de préservatifs au cours des rapports. Les deux principales raisons évoquées étaient le fait de présenter une charge virale indétectable sous traitement antirétroviral et d’avoir un partenaire séroconcordant.

Limitations

  • Des données biologiques ou des questionnaires de comportement ont pu manquer.
  • Le taux de sujets indiquant utiliser des préservatifs a pu être biaisé du fait de la gêne des participants à déclarer un comportement à risque.

Financement

L’étude a été financée par l’ANRS et Sidaction.