La cigarette électronique : fumeurs et anciens fumeurs n’en tirent pas le même bénéfice

  • Gomajee R & al.
  • JAMA Intern Med
  • 15 juil. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon les données de cohorte française CONSTANCES regroupant 5.400 fumeurs et 2.025 anciens fumeurs, si l’utilisation de la cigarette électronique réduit le nombre moyen journalier de cigarettes fumées et favorise les chances d’arrêt, elle favoriserait la rechute des anciens fumeurs, notamment ceux dont l’arrêt est le plus ancien. Les nouvelles générations de cigarettes électroniques sont connues pour délivrer en moyenne un taux plus élevé de nicotine dans le sang par rapport aux plus anciennes, ce qui pourrait expliquer ce dernier point.

Contexte clinique

En France, la cigarette électronique est devenue le principal outil utilisé par les fumeurs pour réaliser leur sevrage tabagique. Pour autant, les données concernant son efficacité restent sujettes à controverses. Par ailleurs, les données concernant l’impact de son usage chez les anciens fumeurs ne sont pas nombreuses.

CONSTANCES est une cohorte épidémiologique généraliste constituée d'un échantillon représentatif de 200.000 adultes âgés de 18 à 69 ans à l'inclusion, consultants des Centres d'examens de santé (CES) de la Sécurité sociale. Dans ce contexte, les sujets inclus dans l’étude ont rempli un questionnaire tous les 4 ans. Cette étude apporte une meilleure connaissance sur l’association entre ces dispositifs et le tabagisme, même si elle comporte plusieurs limitations (dépendance à la nicotine et fréquence quotidienne de l’utilisation de la cigarette électronique inconnues).

Principaux résultats

  • Au total, 822 des 5.400 fumeurs (soit 15,2%) étaient des utilisateurs de cigarette électronique (âge moyen 44-46 ans). Ils étaient plus souvent des hommes (51,5 vs 45,2%) et étaient de plus gros fumeurs à l’inclusion (15 vs 9 paquets-années et 11 vs 10 cigarettes quotidiennes, chiffres médians, p significatifs). Après un suivi moyen respectif de 26,2 et 22,9 mois, le nombre moyen de cigarettes quotidiennes a diminué plus fortement chez les utilisateurs de cigarettes électroniques par rapport aux autres (–4,4 vs 2,7 dans l’analyse multivariée ajustée). De plus, les chances d'arrêter de fumer pendant le suivi étaient supérieures chez les utilisateurs (risque relatif RR 1,67 [1,51-1,84]). Ceci était d’autant plus important que l’usage de la cigarette électronique était ancien (RR, 2,03 vs 1,33 pour les utilisations supérieures ou inférieures à 1 an). Aucune influence du sexe, de l’âge, ou du niveau d'éducation n’a été trouvée.
  • Au total, 176 des 2.025 anciens fumeurs (soit 8,7%) étaient des utilisateurs de cigarette électronique (âge moyen 43-45 ans). Ils étaient plus souvent des hommes (63,1 vs 49,2%) et avaient été de plus gros fumeurs (14,5 vs 9 paquets-années, chiffre médian, p significatif). Après un suivi moyen respectif de 21,9 et 22,2 mois, les utilisateurs de cigarette électronique étaient plus susceptibles de redevenir fumeurs (rapport des risques 1,70 [1,25-2,30]), avec un risque toutefois plus fort pour les plus anciens fumeurs (1,70 vs 0,94 pour les personnes ayant arrêté avant 2010 vs ceux ayant arrêté en 2013).