La bonne fécondité des femmes françaises est-elle celle des immigrées ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La France a la fécondité la plus élevée de l’Union européenne : 1,88 enfants en moyenne par femme en 2017, la moyenne de l’Union étant de 1,59. Le recensement de 2017 indiquait que près d’une naissance sur cinq (143.000 sur 760.000, soit 19%) était de mère immigrée (née à l’étranger sans être française à la naissance et résidant en France), en progression par rapport à 2009, où la proportion était de 16%. Il est tentant d’en conclure que la forte fécondité de la France est en grande partie due aux femmes immigrées. Or, un travail de l’INED (Institut national d’études démographiques) montre que cela n’est que très modérément vrai.

Pour le comprendre, il faut réaliser que le nombre de naissances est le produit de deux facteurs indépendants : le nombre de femmes en âge de procréer et leur propension à le faire. Pour que les femmes immigrées contribuent fortement au taux de fécondité national, il faut à la fois qu’elles représentent une fraction importante des mères et que leur fécondité soit franchement supérieure à la moyenne.

En 2017, les natives (femmes non immigrées) et les immigrées avaient respectivement 1,8 et 2,6 enfants. Mais les immigrées ne représentaient que 12% des femmes en âge de procréer. En conséquence, la contribution des femmes immigrées au taux de fécondité de la France est passée de 0,09 à 0,11 enfant, ce qui est modéré. De plus entre 2014 et 2017, si la fécondité des natives a reculé, celle des immigrées aussi, sans que cela change la contribution des unes et des autres au taux de fécondité du pays.

Le travail de l’INED apporte quelques précisions supplémentaires. Ce sont les femmes originaires du Maghreb qui ont le taux de fécondité le plus élevé (environ 3,5 enfants par femme), suivies par celles de Turquie (3,12) et d’Afrique sub-saharienne (2,91). Mais ces taux ne reflètent pas nécessairement ceux du pays d’origine. Ainsi, dans les pays du Maghreb, ils ne dépassent pas 3 enfants par femme, alors qu’ils sont très nettement supérieurs en Afrique sub-saharienne.

De plus beaucoup de femmes immigrées attendent d’arriver en France pour avoir leurs enfants. Pour ne pas surestimer leur taux de fécondité, il faut donc intégrer celui d’avant le départ pour la France et se baser sur le nombre total d’enfants au cours de leur vie procréative.

En tout cas, le taux de fécondité de la France est d’abord dû à la fécondité élevée des natives. Comme le concluent les auteurs, c’est cela qui demande explication. Pour leur part, ils suggèrent que « la politique de soutien à la famille pratiquée avec constance depuis soixante-quinze ans » y a certainement une part.