L’utilisation d’antibiotiques est-elle associée à un risque accru de maladie inflammatoire chronique de l’intestin ?

  • Nguyen LH, et al.
  • Lancet Gastroenterology & Hepatology
  • 17 août 2020

  • Par Priscilla Lynch
  • Actualités Médicales
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Une exposition cumulée plus élevée à des traitements antibiotiques systémiques, en particulier des antibiotiques à plus large spectre, pourrait être associée à un risque accru de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) et de ses sous-types d’apparition nouvelle, d’après une étude de cas-témoins prospective publiée dans la revue The Lancet Gastroenterology & Hepatology.

Au cours de l’étude d’ Épidémiologie renforcée par les rapports d’histopathologie en Suède (ESPRESSO) , les chercheurs ont identifié 23 982 nouveaux patients atteints de MICI (15 951 cas de rectocolite hémorragique, 7 898 cas de maladie de Crohn, 133 cas de MICI non classifiée), diagnostiqués sur une période de 10 ans (2007–2016), et les ont comparés avec 117 827 témoins appariés et 28 732 frères et sœurs. Une régression logistique conditionnelle a été utilisée afin d’estimer les rapports de cotes corrigés (RCc) pour prendre en compte plusieurs variables et les IC à 95 % pour le diagnostic d’une MICI incidente.

Après une correction pour prendre en compte plusieurs facteurs de risque, le RCc, chez les patients qui avaient utilisé des antibiotiques, par rapport à ceux qui n’en avaient jamais utilisé, était de 1,88 (IC à 95 % : 1,79–1,98) pour le diagnostic d’une MICI incidente, de 1,74 (1,64–1,85) pour la rectocolite hémorragique et de 2,27 (2,06–2,49) pour la maladie de Crohn.

Les données ont montré que le RCc était plus élevé chez les patients ayant reçu une dispensation d’antibiotiques (1,11 ; 1,07–1,15), deux dispensations d’antibiotiques (1,38 ; 1,32–1,44), et trois dispensations d’antibiotiques ou plus (1,55 ; 1,49–1,61), comparativement aux patients n’en ayant reçu aucune.

Un risque accru de rectocolite hémorragique (RCc avec trois dispensations d’antibiotiques ou plus : 1,47 ; IC à 95 % : 1,40–1,54) et de maladie de Crohn (1,64 ; 1,53–1,76) a été identifié. Les estimations plus élevées correspondent à l’utilisation d’antibiotiques ayant un spectre de couverture microbienne plus large.

Des résultats similaires, mais moins prononcés, ont été observés lorsque des frères et sœurs ont été utilisés comme groupe de référence, avec un RCc de 1,35 (IC à 95 % : 1,28–1,43) pour les patients ayant reçu au moins trois dispensations, comparativement aux témoins de la population générale.

« Nos résultats, s’ils sont étayés par des études prospectives à plus long terme chez l’homme ou par des investigations mécanistiques précliniques, suggèrent qu’il est nécessaire d’insister davantage sur la gestion des antibiotiques afin de prévenir une augmentation des maladies chroniques liées à la dysbiose, y compris les MICI », ont déclaré les chercheurs.