L’origine africaine est-elle vraiment un facteur de risque supplémentaire de thromboembolie veineuse ?

  • Folsom AR & al.
  • Am J Med
  • 3 avr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude a évalué la prévalence, les facteurs de risque et l’impact de l’origine ethnique (africaine ou caucasienne) sur la survenue d’une thromboembolie veineuse (TEV). Les résultats ont montré que le doublement du risque de thromboembolie veineuse chez les individus d’origine africaine serait plus lié à la présence de facteurs de risque tenant au style de vie, à l’état de santé ou à des facteurs hémostatiques qu’à l’origine ethnique elle-même.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

L’étude ARIC (Atherosclerosis Risk in Communities) avait mis en évidence un risque de thromboembolie veineuse entre 45 et 85 ans, de 11,5% chez les sujets d’origine africaine et de 6,9% chez ceux d’origine caucasienne. En revanche, les raisons associées à ce doublement de risque n’étaient pas claires. Existe-t-il des facteurs génétiques, démographiques, physiopathologiques, socio-économiques ? Et quel est leur poids ? Telles sont les questions auxquelles cette étude a tenté de répondre.

Méthodologie

Les données analysées proviennent des participants de l’étude (ARIC) menée entre 1987 et 1989 et dont les patients ont été suivis jusqu’en 2015. Les patients inclus étaient initialement indemnes de thrombose veineuse. 

Principaux résultats

Au total, 15.397 sujets âgés entre 45 et 64 ans ont été inclus dans les analyses (4.171 d’origine africaine et 11.226 d’origine caucasienne). Les personnes d’origine africaine étaient plus susceptibles de fumer, d’avoir un diabète, un IMC élevé, une concentration plasmatique en facteur XI supérieure et un débit de filtration glomérulaire estimé élevé par rapport aux sujets d’origine caucasienne. Les femmes d’origine africaine étaient moins fréquemment sous traitement hormonal de la ménopause. Au cours du suivi moyen de 22 ans :

  • Respectivement 332 et 578 sujets d’origine africaine et caucasienne ont eu un incident thromboembolique veineux (55% et 47% de thrombose de veine profonde seule, 45% et 53% d’embolie pulmonaire). 
  • Ainsi, l’incidence de TEV était de 3,8 et 2,3/1.000 personnes-années respectivement pour les sujets d’origine africaine et d’origine caucasienne.
  • Si l’incidence brute sur le suivi global était supérieure de 65% chez les sujets d’origine africaineversus ceux d’origine caucasienne, après ajustement sur l’âge et au sexe, le hazard ratio entre les premiers et les seconds n’était plus significatif : HE 1,13 [0,79-1,62] pour le 10 premières années. Ainsi, le risque augmentait avec le temps – et le vieillissement de la population – HR à 10 ans et plus de suivi 2,04 [1,76-2,37].
  • Le sur-risque identifié avec le temps chez les individus d’origine africaine était atténué après ajustement aux facteurs confondants non-génétiques et non-hémostatiques.
  • Ce doublement du risque au-delà de 10 ans de suivi a été largement associé à la présence de facteurs de risque de style de vie, médicaux et hémostatiques de TEV, et au taux supérieur de pathologies cardiovasculaires chez cette population.
  • Les principaux facteurs de risque de TEV chez les sujets d’origine africaine étaient le poids élevé, des revenus familiaux faibles et la concentration élevée en facteur VIII.

Principale limitation

L’origine ethnique était auto-déclarée par les participants.