L’interne : un étudiant comme les autres ?


  • Serge Cannasse
  • La Tribune
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Nous avons en moyenne 25 ans quand nous passons notre concours de fin de 6ème année.

Nous entrons alors dans la période de l’internat qui dure de 3 à 6 ans selon les spécialités. Nous avons un double statut de médecin et d’étudiant.

Nous nous inscrivons à la faculté de manière tout-à-fait classique, mais passons notre vie à l’hôpital : en moyenne 55/H par semaine, mais souvent bien plus.

Les demi-journées de formation ne sont pas respectées ! La pratique se fait à l’hôpital nous en sommes les premiers conscients. Mais alors nous revendiquons un statut clair de praticien en formation, avec un contrat hospitalier.

Nous subissons les défauts de chacun de nos deux statuts, étudiant et médecin. Par exemple, notre absence de contrat avec l’hôpital rend difficile toute démarche immobilière, ainsi que bien d’autres.

Après 26 ans, nous ne bénéficions plus de la plupart des avantages étudiants, comme la CAF ou les demandes de Bourses.

A l’hôpital public, en raison des sous effectifs et des charges administratives pesant de plus en plus sur l’ensemble des professionnels de santé, nous sommes devenus incontournables pour assurer la continuité des soins.
Nous sommes même devenus les acteurs majoritaires de la permanence des soins avec pas moins de 69 lignes d’internes de garde par nuit… et tout cela pour 7 euros de l’heure…
Si nous étions simplement étudiants, serions nous redevable d’une quelconque permanence de soins ?

En réalité, nous sommes des médecins corvéables à merci, une main d’œuvre pas chère faisant économiser plusieurs centaines de milliers d’euros par interne au Service publique car nous sommes « étudiants ».

Notre esprit résilient, sélectionné dès la 1ere année de médecine, et notre dépendance de la hiérarchie pour l’obtention des postes rend toute initiative, comme une grève, extrêmement difficile.

Parvenus à 28 ans, comme beaucoup nous pensons à fonder une famille. Mais comment faire avec toute cette pression d’excellence et de sacrifice pour les autres et en passant tous les 6 mois d’un Centre hospitalier à un autre ?

En résumé, nous revendiquons un statut de praticien en formation avec un contrat de travail et le paiement de nos heures supplémentaires. Nous n’avons d’étudiant que l’inscription à la Faculté.

Actuellement, nous sommes étudiants quand cela en arrange certains et médecin (interne) quand cela en arrange d’autres.
Nous réclamons le statut de praticien en formation, la reconnaissance de notre implication dans la permanence des soins hospitaliers et une revalorisation salariale à la hauteur de notre engagement pour le Service public et les responsabilités qu’il nous incombe dans notre exercice quotidien, tout cela étant clairement absent dans les textes de loi.

Qui sait qu’actuellement notre syndicat défend 3 internes au pénal ? Est-ce normal qu’un simple « étudiant » en 3ème cycle court ce risque chaque jour ?