L'injection sous-cutanée, une spécificité française passée au crible

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En France, l'injection sous-cutanée d'antibiotiques est une voie d'administration très utilisée par les gériatres et les infectiologues en alternative à l'injection intraveineuse. Elle permet notamment de limiter les complications et la douleur liées à cette dernière. Elle est également une option de choix pour éviter certaines hospitalisations et pour favoriser le maintien ou le retour au domicile ou en institution. Quoi qu'il en soit, il existe peu de données sur la sécurité de cette approche, et notamment sur celle de l'injection SC des antibiotiques. Aussi, l'intergroupe SPILF-SFGG (Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française - Société Française de Gériatrie et de Gérontologie) a souhaité conduire une étude observationnelle pour décrire les modalités et la sécurité liée à cet usage.

Méthodologie

  • L'intergroupe SPILF-SFGG a conduit une étude prospective, observationnelle et multicentrique (50 centres français).

  • Cette étude a inclus tous les patients adultes traités au moins une fois par antibiotiques SC entre mai et septembre 2014 et qui avaient bénéficié d'un suivi jusqu'à la fin du traitement.

  • Les médecins participants ont été recrutés par le biais d'un mailing électronique. Ces médecins devaient inclure jusqu'à 10 patients (dont 5 patients sous ceftriaxone maximum). Les données démographiques, cliniques et thérapeutiques relatives à ces patients étaient recueillies via un questionnaire en ligne. Les paramètres de tolérance (manifestations locales liées à l'injection et les évènements indésirables) étaient également déclarés par ce biais.

  • Une analyse univariée et multivariée a été conduite à partir de ces données.

Résultats

  • Au global, 66 praticiens ont inclus un total de 219 sujets âgés en moyenne de 83±12 ans (19-104). Ces patients étaient surtout hospitalisés en unité de gériatrie aiguë (41,1%), de maladies infectieuses ou de médecine interne (22,9%), en établissement de soins de longue durée (19,3%) ou en centre de réadaptation (17,0%). La plupart (70,8%) étaient traités par antithrombotiques.

  • Une grande majorité des patients traités par antibiotiques avaient un épisode infectieux (92%) de type urinaire (43,8%) ou respiratoire (32,8%). Les principales molécules administrées étaient la ceftriaxone (74,4%), l'ertapénem (13,7%) et la teicoplanine (4,6%).

  • Dans 48,8% des cas, la voie SC était utilisée après que le traitement ait été initié par voie orale ou IV. Les raisons majeures pour lesquelles la voie SC était envisagée était un accès veineux difficile (58,4%), un contexte de soins palliatifs (32,4%), l'agitation du patient (21,0%), l'absence de forme orale (20,5%) ou une contre-indication de la voie orale ou intramusculaire (20,5 et 6,8%). Elle était envisagée pour favoriser le retour au domicile ou pour éviter l'hospitalisation dans 21,0% et 7,8%.

  • Le traitement durait 1 à 208 jours : il était inférieur à 5 jours pour 35 patients et supérieur à 10 jours pour 55 d'entre eux.

  • Sur le plan de la sécurité, 74 évènements indésirables ont été rapportés chez 50 patients, soit 22,8% de la cohorte. La plupart survenait sous téicoplanine (70%) et la majorité étaient locaux (90,0%). Seuls 5 étaient des évènements systémiques. Ils étaient apparus après la première administration et durant les 7 premiers jours de traitement dans  respectivement 42,0% et 80,0% des cas.

  • La plupart des évènements étaient bénins et avaient disparu chez 96,0% des patients. 12,0% des évènements avaient cependant nécessité l'arrêt du traitement.

  • La survenue d'évènements indésirables apparaissait associée à la nature de l'antibiotique (p=0,004), à l'injection SC réalisée sur moins de 5 minutes (p=0,028) et à l'utilisation de cathéters rigides, d'aiguilles à ailettes ou d'aiguilles sous-cutanées (p=0,002). Aucune association n'existait entre l'injection SC d'antibiotiques et les traitements antithrombotiques ou anticoagulants.

  • La voie SC était remplacée pour cause d’efficacité par une autre voie pour 23 patients et pour cause d'échec thérapeutique pour 16 patients.

  • Les praticiens avaient rapportés 88,9% de patients guéris, 11 (5,5%) ayant une infection persistante. Par ailleurs, 11 sujets étaient décédés.

Limitations

L'intensité des évènements indésirables n'était pas qualifiée par rapport à une échelle validée.

À retenir

Dans la pratique clinique française, la voie SC est le plus souvent envisagée lorsque l'abord veineux est difficile. Les évènements indésirables locaux étaient fréquents mais ils étaient généralement légers. Les évènements graves locaux rapportés dans la littérature sous aminosides, ceftriaxone ou ertapénem n'ont pas été observés dans cette étude. Le recours à la téicoplanine était celui pour lequel le plus de risque existait, mais le nombre restreint de patients traités demande à interpréter ce constat avec précaution. Les cathéters souples semblaient permettre d'éviter le risque d'évènements indésirables. Sur ce constat, la voie SC reste une alternative intéressante, notamment en gériatrie.