L’inflammation est pronostique de la mortalité liée au phénomène de Raynaud

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Le phénomène de Raynaud secondaire peut précéder l’apparition d’une maladie inflammatoire touchant les tissus conjonctifs, comme la sclérodermie. Son exploration repose alors sur la réalisation d’une capillaroscopie péri-unguéale et la recherche d’auto-anticorps antinucléaires (ANA). Récemment, ces deux paramètres ont été décrits comme prédictifs de la mortalité à long terme toutes causes confondues des sujets souffrant du phénomène de Raynaud, notamment chez les femmes. Sachant qu’ils sont tous deux associés à l’inflammation, des auteurs ont posé l’hypothèse que les paramètres biologiques de cette inflammation permettraient de façon plus facilement accessible de prédire la mortalité à long terme.

Méthodologie

  • Les chercheurs ont exploité les données recueillies auprès de la patientèle reçue dans le service d’angiologie d’un centre hospitalo-universitaire autrichien entre janvier 1994 et avril 2008. Tous les sujets diagnostiqués comme souffrant de phénomène de Raynaud et ayant bénéficié d’une exploration clinique et biologique (capillaroscopie péri-unguéale, recherche des auto-anticorps, CRP, fibrinogène, nombre de leucocytes, taux d’hémoglobine) ont été identifiés et leurs données de mortalité ont été récoltées prospectivement à partir des bases de données nationales, et comparées à une population non atteinte appariée sur les données démographiques. Les personnes déjà diagnostiquées comme souffrant d’une maladie du tissu conjonctif ont été exclues.

  • Les auteurs ont évalué l’association entre les marqueurs de l’inflammation chronique (CRP, leucocytes, fibrinogène, hémoglobine) et la mortalité selon une analyse univariée puis multivariée intégrant l’ensemble des paramètres identifiés comme influençant la mortalité liée au phénomène de Raynaud (âge, capillaroscopie anormale, ANA positifs, créatininémie). Leur valeur pronostique a été appréciée en établissant les courbes ROC de ces différents paramètres.

Résultats

  • 2.958 sujets (dont 2.300 femmes) ont été inclus et suivis sur une durée médiane de 9,3 ans, au cours de laquelle 356 décès ont été recensés (dont 227 chez les femmes).

  • La présence d’auto-anticorps était associée chez les femmes au taux de fibrinogène, de leucocytes et d’hémoglobine à l’inclusion et, chez les hommes, au seul taux de fibrinogène. Une capillaroscopie anormale était associée au taux de fibrinogène, uniquement parmi la population féminine.

  • La mortalité toutes causes confondues a été associée aux taux initiaux de CRP, fibrinogène, et hémoglobine chez les femmes et les hommes ; elle était aussi associée au taux de leucocytes parmi la population féminine.

  • L’association entre mortalité et taux d’hémoglobine persistait après analyse multivariée pour les deux sexes (OR : 0,82 et 0,81, p significatifs), le risque de décès croissant avec la diminution du taux d’hémoglobine. Une analyse complémentaire sur l’ensemble de la cohorte a par ailleurs montré que la mortalité était associée à la présence ou non d’une anémie. Enfin, chez les hommes, une discrète association complémentaire existait aussi avec le taux de fibrinogène (OR : 1,002, p significatif).

Limites

  • Il n’était pas possible d’exclure le fait que les valeurs biologiques à l’inclusion soient liées à l’émergence d’une maladie du tissu conjonctif non encore diagnostiquée.

  • La vitesse de sédimentation n’était pas investiguée dans cette étude, malgré son rôle pronostique dans d’autres pathologies systémiques auto-immunes.

À retenir

L’inflammation chronique semble, dans cette étude, refléter le risque de mortalité toutes causes confondues au long cours liée au phénomène de Raynaud. Les paramètres identifiés peuvent constituer une aide à l’évaluation pronostique basée sur les données de la capillaroscopie ou du dosage des auto-anticorps. Cependant, ces derniers restent essentiels pour le diagnostic de maladie du tissu conjonctif.

Dans cette étude, la relation mise en évidence entre mortalité et taux de fibrinogène pourrait reposer sur l’altération du système vasculaire liée à l’inflammation systémique. Par ailleurs, le lien entre un faible taux d’hémoglobine et la mortalité doit faire l’objet de nouvelles investigations afin de comprendre si le premier constitue une cause ou une conséquence de la physiopathologie de la maladie.