L’incontinence coïtale, l’autre fardeau de l’incontinence urinaire

  • Moutounaïck M & al.
  • Prog Urol
  • 1 juin 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • La difficulté à parler d’incontinence urinaire pour les patients est renforcée lorsqu’il s’agit de manifestations survenant lors des rapports sexuels, alors que ces symptômes ne sont pas rares. Progrès en Urologie propose une revue de la littérature pour sensibiliser les praticiens à l’incontinence coïtale. Lorsque ce symptôme est évoqué, la recherche d’un diagnostic différentiel est toutefois nécessaire (perte de sécrétions, diverticule urétral, fistule vésico-vaginale). Le moment de survenue des fuites doit être précisé car il peut orienter le praticien vers une étiologie spécifique.
  • Selon le sexe et l’étiologie, une prise en charge globale de l’incontinence peut apporter une amélioration des symptômes , avec une efficacité probante de la rééducation pelvi-périnéale ou des stimulations électriques, une efficacité de 80% pour la chirurgie en cas de fuites survenant pendant la pénétration et de 60% pour les anticholinergiques en cas de fuites durant l’orgasme.

Spécificités liées au sexe

  • L’incontinence coïtale est définie comme « une perte involontaire d’urines lors du coït, dont se plaint la patiente. Une définition plus précise distingue la perte d’urines survenant à la pénétration et celle se produisant lors de l’orgasme ». Elle est peu rapportée de façon spontanée, alors qu’elle concernerait 24 à 67% des femmes incontinentes. La prévalence de l’incontinence coïtale isolée serait toutefois de 7,6 à 20%.
  • Le moment de survenue de l’incontinence coïtale durant l’acte peut être varié, mais chaque type urodynamique serait associé à des symptômes spécifiques : ainsi, les fuites des femmes présentant une incontinence urinaire à l’effort surviennent plus souvent au moment de la pénétration, tandis que celles liées à l’incontinence détrusorienne se manifestent plutôt au moment de l’orgasme. Selon des travaux ayant étudié les caractéristiques vésicales à l’échographie, l’incontinence coïtale serait un marqueur de la sévérité de l’hyperactivité détrusorienne, et liée à une paroi vésicale épaissie. Une autre a décrit une association entre l’incontinence coïtale et la sévérité de l’incontinence liée à l’effort, à la parité ou à l’existence d’un prolapsus vaginal.
  • Chez l’homme, l’incontinence coïtale concernerait surtout ceux ayant subi une prostatectomie et serait associée à une incontinence à l’effort. Différentes publications ont décrit que leur fréquence diminuait au cours du temps écoulé depuis la chirurgie. Cette incontinence coïtale constituerait le reflet d’une insuffisance sphinctérienne secondaire à une lésion du sphincter lui-même ou de son innervation.

Quelle prise en charge ?

  • Chez les femmes, la rééducation pelvi-périnéale, ou la combinaison de biofeedback avec une stimulation électrique et des exercices musculaires du plancher pelvien réduiraient la fréquence des fuites urinaires coïtales, avec une amélioration de la fonction sexuelle pour la seconde approche. Sur le plan pharmacologique, les anticholinergiques ont été décrits comme insuffisamment efficaces dans l’incontinence coïtale par plusieurs études, et aucune n’a pour l’heure évalué les autres classes thérapeutiques de l’incontinence. Enfin, la pose de bandelettes sous-urétrales permet d’améliorer de façon significative les fuites urinaires durant les rapports, selon plusieurs études prospectives.
  • Chez les hommes, la rééducation périnéale, l’utilisation d’une boucle pénienne et la pose de bandelettes sous-urétrales ou d’un sphincter artificiel ont été décrits comme des alternatives capables de réduire la fréquence des manifestations.