L’inactivité physique augmente-t-elle le risque de démence ?

  • Kivimäki M & al.
  • BMJ
  • 17 avr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une méta-analyse ayant évalué les données de plus de 400.000 adultes européens et américains au niveau individuel suggère qu’il n’y aurait pas d’association entre l’inactivité physique et le risque de démence ou de maladie d’Alzheimer lorsqu’il y a plus de 10 années qui séparent la mesure de l’inactivité physique du diagnostic de démence. C’est-à-dire lorsque les biais de causalité inverse sont annulés. Cette étude ayant évalué également les relations entre inactivité et risques de comorbidités liées à l’obésité à mis en évidence que quelle que soit la durée depuis le diagnostic de démence, l’inactivité physique est associée à une augmentation du risque de diabète, de coronaropathie et d’AVC.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Il n’est pas clairement établi que l’inactivité physique constitue ou non un facteur de risque de démence. Les études randomisées ont montré que l’activité physique favorisait les performances cognitives, mais aucune n’a montré qu’elle diminuait les risques de démence et de maladie d’Alzheimer. Les études observationnelles, elles, ont suggéré une augmentation par un facteur 1,2 du risque de diabète et de maladies cardiovasculaires majeures en cas d’inactivité physique et ces maladies sont elles-mêmes liées à une augmentation du risque de démence. Mais il s’agit de relations indirectes. Les études qui ont évalué la relation inactivité physique et démence de manière directe ont un suivi trop court ce qui constitue un biais car les sujets en phase préclinique de démence ont tendance à diminuer leur activité physique. D’où l’intérêt de cette méta-analyse ayant évaluer la relation entre inactivité physique et diagnostic de démence à long terme.

Méthodologie

Cette méta-analyse a consolidé les données issues de 19 études prospectives observationnelles de cohortes. Les données ont été traitées au niveau individuel. Les analyses ont porté sur la relation entre l’inactivité physique et l’incidence des démences toutes causes, de la maladie d’Alzheimer ainsi que des maladies cardiométaboliques (diabète, coronaropathies, AVC).

Principaux résultats

Au total, les données de 404.840 individus initialement sans démence (240.814 physiquement actifs et 164.026 inactifs) ont été analysées (âge moyen 45,5 ans, 57,7% de femmes). La durée moyenne de suivi pour démence était de 14,9 ans (9,2-21,6 ans).

  • Après ajustement sur le sexe, l’âge, l’origine ethnique, le statut socioéconomique et éducationnel, par rapport aux individus physiquement actifs, le risque de démence était augmenté de 87% chez les sujets inactifs entre 0 et 4,9 ans avant le diagnostic de démence, et de 30% pour les sujets inactifs entre 5 et 9,9 ans avant le diagnostic. Les variations de surrique n’étaient pas significatives plus de 10 ans avant le diagnostic de démence.
  • Les mêmes comparaisons réalisées pour le risque spécifique de maladie d’Alzheimer montraient un risque augmenté respectivement de 67% et de 24%. Le surrisque étant ici aussi non significatif plus de 10 ans avant le diagnostic de maladie d’Alzheimer. 
  • Ainsi, plus globalement après ajustement, l’inactivité physique a été associée à une augmentation de 40% du risque de démence et de 36% du risque de maladie d’Alzheimer au stade préclinique (hazard ratio 1,40 [1,23-1,71]) et 1,36 [1,12-1,65]), mais pas au-delà de 10 ans.
  • L’inactivité physique était également associée à une augmentation de 42% du risque de diabète, de 24% du risque de coronaropathie et de 16% du risque d’AVC (respectivement HR 1,42 [1,25-1,61], 1,24 [1,13-1,36] et 1,16 [1,05-1,27]) lorsqu’elle était mesurée plus de 10 ans avant le diagnostic de démence. Les risques associés à ces maladies étaient encore plus élevés lorsque l’inactivité physique était mesurée dans les 10 ans précédant le diagnostic de démence (respectivement +74%, +52% et +49%).
  • Lorsque les maladies cardiométaboliques précédaient la démence, l’inactivité physique plus de 10 ans avant le diagnostic de démence n’était pas associée à celle-ci.

Principales limitations

Quelques éléments ont pu favoriser la sous-estimation de l’effet de l’inactivité physique sur la démence, notamment le fait de procéder à une mesure unique et auto-déclarée.