L’impact de la crise de 2008 sur les inégalités sanitaires est-il derrière nous ?

  • Mackenbach JP & al.
  • Proc Natl Acad Sci USA
  • 19 juin 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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En Europe, la crise économique de 2008 ne semble pas avoir accentué les inégalités de santé, qu’il s’agisse des pays de l’Ouest comme de l’Est, selon une étude parue dans Proceedings of the National Academy of Sciences . En cela, notre continent bénéficierait d’une traduction différente de la crise par rapport à celle qui a par exemple été décrite aux Etats-Unis dans de précédentes publications.

Ainsi, dans les pays de l’Ouest, la diminution de la mortalité et celle de la morbidité autodéclarée qui étaient enclenchées auparavant et qui concernaient les plus comme les moins éduqués, se sont maintenues après 2008, bien qu’à un rythme moins soutenu, et y compris dans les pays les plus durement touchés (Espagne, Grèce, Portugal).

Selon les auteurs de ce travail, la crise de 2008 ne semble donc pas avoir eu d’effet significatif sur les inégalités de santé à court terme, comme cela a été parallèlement observé aux Etats-Unis. Ceci s’expliquerait en premier lieu par la solidité des systèmes de protection sociale permettant d’amortir les évènements de ce type, et également par une tendance de fond (prévention, amélioration des conditions de vie…) probablement suffisamment solide pour ne pas être renversée par l’effet de crise. Pour autant, son impact pourrait être observé à plus long terme, du fait des modifications du tissu économique, des investissements et du taux d’emploi qu’elle a durablement eues sur chacun des pays.

Cette étude vient aussi compléter les données préalablement rapportées sur la période 1980-2000 et qui décrivaient un accroissement de ces inégalités en Europe.  Elle met en lumière les disparités attendues entre les pays de l’Ouest et de l’Est sur la période 1980-2012 : alors que les premiers ont bénéficié d’une diminution des inégalités relatives et absolues sur toute cette période, les seconds les ont vu croître dès le début des années 1990, notamment parce que les taux de mortalité des personnes de niveau socio-économique faible ou élevé suivaient des tendances contraires. Depuis quelques années, ces pays ont cependant connu une inversion de ces dynamiques, avec une baisse de la mortalité des moins éduqués, se traduisant par une diminution des inégalités absolues liées à la mortalité.