L’imipramine pourrait soulager les dyspepsies réfractaires

  • Cheong PK & al.
  • Lancet Gastroenterol Hepatol
  • 22 oct. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats de cette étude pilote suggèrent que de faibles doses d’imipramine pourraient présenter un intérêt chez les patients souffrant de dyspepsie fonctionnelle réfractaire aux inhibiteurs de la pompes à protons (IPP) et aux prokinétiques. Cependant, ces résultats méritent d’être considérés avec prudence compte tenu du faible nombre de sujets inclus, et d’une évaluation de l’amélioration des symptômes basée uniquement sur le ressenti des patients.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

La dyspepsie concernerait 20 à 40% de la population générale1. Elle est fonctionnelle dans la plupart des cas, sans cause identifiable aux examens endoscopiques. Bien que certaines recommandations préconisent l’utilisation de neuromodulateurs chez les patients dyspeptiques non répondeurs aux IPP et aux prokinétiques, il existe finalement peu de donnée sur cet usage. Un seul essai mené chez 292 sujets a démontré un bénéfice (à la limite de la significativité) de l’amitriptyline versus l’escitalopram ou un placebo. Ainsi, la mise en place d’essais évaluant l’efficacité et la tolérance des antidépresseurs tricycliques dans la dyspepsie fonctionnelle réfractaire sont réellement nécessaires. L’essai pilote présenté ici pourrait inciter à mener d’autres études randomisées contrôlées de plus grande envergure.

Méthodologie

Cette étude monocentrique chinoise, randomisée, menée en double aveugle a inclus de manière consécutive des adultes souffrant de dyspepsie fonctionnelle selon les critères de Rome. Les sujets éligibles devaient avoir un statut négatif à Helicobacter pylori, un tractus gastro-intestinal haut normal à l’endoscopie, une échographie  abdominale normale, et présenter des symptômes de dyspepsie malgré un traitement (en ouvert) de 8 semaines par ésoméprazole (IPP) puis de 4 semaines par dompéridone (prokinétique).

Ces patients ont reçu de l’imipramine (une dose de 25 mg, le soir au coucher durant 2 semaines, et 50 mg ensuite) ou un placebo et devaient compléter des questionnaires permettant d'évaluer leurs symptômes, leur humeur et insomnie. Le critère principal d’évaluation était le soulagement global des symptômes dyspeptiques à 12 semaines.

Principaux résultats

Au global, 107 patients ont été inclus dans l’étude, 55 ont reçu de l’imipramine et 52 un placebo. À 12 semaines, les analyses en intention de traiter montrent que 63,6% des patients (n=35) traités par imipramine ont déclaré ressentir un soulagement de leurs symptômes dyspeptiques contre 36,5% (n=19) sous placebo (p=0,0051). Les analyses correspondantes en per protocole montrent que 70,0% des patients sous imipramine et 43,9% sous placebo (p=0,018) ont déclaré être soulagés de leurs symptômes. 

Les patients sous imipramine avaient une différence de score total sur l’échelle d’anxiété et de dépression HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) significative par rapport à l’inclusion. Par ailleurs, 18% (n=10) des patients sous imipramine ont arrêté leur traitement du fait d’effets indésirables, alors qu’ils n’étaient que 8% dans le groupe placebo. Aucun effet indésirable grave n’a été notifié. 

Principales limitations

Auto-évaluation du soulagement par le patient.

Étude de faible envergure dont les résultats mériteraient d’être confirmés par d’autres travaux sur un nombre de sujets plus conséquent et croisant la perception du patient avec des évaluations externes. 

Financement

Aucun.