L’hôpital de Morteau : un exemple à suivre pour lutter contre le mésusage des antibiotiques

  • Muller A et al.
  • Médecine et Maladies Infectieuses
  • 19 janv. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Actualités Médicales
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À retenir

·      Après le constat d’un mésusage des antibiotiques en Franche-Comté en 2006, un guide de prescription des antibiotiques visant à épargner les fluoroquinolones (FQ), notamment dans le cadre de la prise en charge des infections urinaires, a été diffusé localement.

·      Sur une période d’observation de 9 ans, une forte réduction des consommations a pu être observée à l’hôpital comme en ville, traduisant une efficacité rapide (dès 1 an) et durable sur le long terme. 

 

La large utilisation des fluoroquinolones (FQ) a entraîné une augmentation des résistances bactériennes, à l’hôpital comme en ville. Dans le cadre d’une étude observationnelle réalisée au sein du centre hospitalier de Morteau et d’une maison médicale rattachée, des équipes franc-comtoises ont souhaité évaluer l’impact d’une politique d’épargne des FQ sur la consommation de cette classe d’antibiotiques et sur l’évolution des résistances.

Mise en place d’une politique d’épargne des FQ

Suite à un audit régional ayant révélé un mésusage important des FQ en 2006, un guide régional de prescription des antibiotiques visant à réduire les prescriptions non indispensables de FQ a été localement diffusé à partir de 2007. Il privilégiait les antibiotiques à moindre impact écologique chaque fois que cela était possible, en réservant les FQ aux infections complexes acquises à l’hôpital. Deux messages étaient notamment rappelés concernant les infections urinaires : prescription d’antibiotiques à partir de l’examen cytobactériologique des urines, et non-utilisation des FQ pour les cystites aiguës non compliquées en privilégiant l’association fosfomycine-trométamol en dose unique (3g) ou la nitrofurantoïne (300 mg/j durant 5j) en première ligne. Les consommations globales d’antibiotiques, et en particulier de FQ, ainsi que les résistances bactériennes ont été déterminées à partir des doses définies journalières (DDJ)/1000 journées d’hospitalisation.

Une forte réduction des consommations à l’hôpital et en ville

Cette politique a largement porté ses fruits à l’hôpital, puisque la consommation de FQ a été divisée par près de 10 entre 2006 et 2015, passant de 41,1 à 5,9 DDJ/j d’hospitalisation (-85,6%). Une baisse qui s’est fortement ressentie dès la première année (-67%). L’effet sur les résistances d’E. coli à l’acide nalidixique a été observé avec un décalage, à partir de 2011. Cette baisse de la consommation ne semble pas avoir été compensée par le recours à d’autres antibiotiques. La consommation globale des antibiotiques a même été réduite, contrairement à ce qui était observée au niveau national, y compris pour les céphalosporines de 3génération. Et celle des antibiotiques à large spectre est restée très faible. L’impact de cette politique semble aussi avoir produit son effet en ville, bien que les données aient été plus limitées (une seule officine sur les 3 locales).