L’exposition aux statines augmente-t-elle vraiment le risque de myosite ?

  • Caughey GE et al.
  • JAMA Intern Med.
  • 30 juil. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Au sein d’une large cohorte australienne, les sujets atteints de myosite confirmée par l’histologie ont une plus forte probabilité d’avoir été exposés aux statines, par rapport aux sujets d’une population contrôle. L’étude montre aussi que le nombre de sujets atteints de myosite et la proportion de sujets exposés aux statines ont augmenté au cours de la période de l’étude (1990-2014). Le caractère observationnel rétrospectif de celle-ci ne permet pas d’établir de relation de cause à effet. Mais même si ces pathologies restent rares (0,1 à 1,0 pour 100.000), leur sévérité et l’utilisation croissante des statines à travers le monde doivent inciter à y être attentif.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les statines sont utilisées par plus de 200 millions de personnes dans le monde. Généralement bien tolérées, elles ont cependant pu être associées à différents types de myopathies, allant de simples myalgies à des rhabdomyolyses sévères. Si dans la majorité des cas, les symptômes régressent à l’arrêt du traitement, ces molécules sont dans de rares cas associées à des myopathies auto-immunes inflammatoires de forme hétérogène, ou myosites, qui peuvent entraîner un handicap permanent, voire un décès. L’épidémiologie de ces pathologies en lien avec l’exposition aux statines a cependant été peu évaluée. Une équipe de l’Adélaide Medical School (Australie) a examiné cette association chez les sujets atteints de myosite.

Méthodologie

Cette étude cas-contrôle rétrospective a été menée à partir du registre des myosites du sud de l’Australie chez des sujets de 40 ans ou plus chez qui une myosite avait été confirmée par biopsie entre 1990 et 2014 (polymyosite, dermatomyosite, myosite à inclusion, myosite nécrosante et autres myosites). Les traitements en cours ont été colligés auprès des patients ou de leur rhumatologues, pour évaluer l’exposition aux différents médicaments, dont les statines. Les sujets ont été appariés et comparés à la population de l’étude North West Adelaide Health représentative du tiers de la population sud australienne et qui servait de contrôle.

Résultats

  • 221 cas de myosite ont été identifiés dans la base de données des myosites du sud de l’Australie. L’âge moyen était de 62,2 ans et 59,7% des sujets étaient des femmes. Ils ont été comparés à 662 cas contrôles de la cohorte North West Adelaide Health (âge moyen 59,7 ans, 59,7% de femmes).
  • Dans la cohorte « myosites », 30,8% des sujets avaient été exposés aux statines au moment du diagnostic, contre seulement 21,5% dans la cohorte contrôle (p=0,05).
  • Dans la cohorte myosite, les polymyosites étaient les pathologies les plus fréquemment identifiées (40,3% des cas de myosite). Et parmi ces cas, 30,3% avaient été exposés aux statines.
  • Les cas de myosite à inclusion représentaient 29,9% des cas de myosite et 30,3% avaient été exposés aux statines. Avec seulement 10,9% des cas, les myosites nécrosantes étaient moins représentées, mais une plus forte proportion des sujets concernés (50,0%) avaient été exposés aux statines.
  • En analyse ajustée sur les comorbidités (diabète, maladies cardiovasculaires) comme non ajustée, les sujets atteints de myosite avaient une probabilité doublée d’avoir été exposés aux statines, par rapport à la population contrôle (odds ratio ajusté : 1,79 [1,23-2,60], p=0,001). Et l’association était préservée lorsque les patients atteints de myosite nécrosante étaient exclus de l’analyse.
  • Au cours de la période de l’étude, la proportion de sujets atteints de myosite exposés aux statines a fortement augmenté, passant de 5,6% entre 2000 et 2002, à 48,8% entre 2012 et 2014.

Limitations

La taille de l’échantillon n’a pas permis d’examiner l’association entre exposition aux statines et les différents sous-types de myosite. Par ailleurs, les différentes statines, leur dosage et les durées de traitement n’étaient pas connus.