L’excrétion urinaire d’oxalate, un facteur de progression de la maladie rénale chronique

  • Waikar SS & al.
  • JAMA Intern Med
  • 4 mars 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Chez les patients souffrant de maladie rénale chronique (MRC) de stade 2 à 4, une excrétion urinaire d’oxalate sur 24h élevée est apparue comme un facteur de risque de progression de la MRC et d’évolution vers une insuffisance rénale chronique terminale (IRCT). Ajoutés aux données existantes dans la littérature, ces résultats soutiennent l’hypothèse d’un rôle causal de l’oxalate dans la progression de la MRC. De nouvelles études devront dire si le fait de limiter l’apport alimentaire de ce sel et donc de réduire son excrétion pourrait ralentir l’évolution de la maladie.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Une excrétion urinaire élevée d’oxalate a été associée à des lésions rénales et à la maladie rénale chronique dans certaines pathologies génétiques rares, mais son importance au cours de la maladie rénale chronique commune n’a pas été explorée. Des chercheurs du Brigham and women’s Hospital de Boston se sont intéressés à la question en mesurant l’excrétion urinaire de ce sel sur une période de 24h chez des sujets souffrant de MRC de stade 2 à 4.

Méthodologie

L’étude multicentrique CRIC (Chronic Renal Insufficiency Cohort) a inclus 3.123 sujets âgés de 21 à 74 ans souffrant de maladie rénale chronique de stade 2 (insuffisance rénale chronique minime) à 4 (insuffisance rénale chronique sévère). Les urines sur 24h étaient collectées, et les taux d’oxalate mesurés. Les valeurs du premier quintile servaient de référence.

Résultats 

  • Sur les 3.123 patients inclus, l’âge moyen était de 59,1 ans, 45,3% des participants étaient des femmes et l’excrétion urinaire médiane d’oxalate sur 24h était de 18,6 mg/24h [12,9-25,7].
  • Le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) après collection des urines sur 24h était de 42,9 mL/min/1,73 m2.
  • Les sujets qui présentaient une excrétion urinaire d’oxalate élevée présentaient aussi un DFGe plus bas (r=-0,13, p
  • Au cours des 22.318 personnes-années de suivi, 752 ont évolué vers une IRCT, et 940 ont eu une IRCT ou une progression de leur MRC (réduction de 50% de leur DGFe) qui composaient le critère composite principal.
  • Lors de la visite en fin de première année, l’excrétion urinaire d’oxalate sur 24h était significativement plus élevée chez les sujets qui étaient passés en IRCT (20,5 mg) ou qui avaient atteint le critère composite principal (20,1 mg), par rapport à ceux qui ne présentaient pas ces critères (17,6 mg).
  • Après ajustement sur différentes variables (démographiques, pression artérielle systolique, IMC, DFGe à l’inclusion, traitement, etc.), les patients dont les taux d’excrétion urinaire se situaient dans le quintile le plus élevé (27,8 mg/24h) avaient un risque de progression de la MRC augmenté de 33% (HR 1,33 [1,04-1,70]) et d’IRCT de 45%  (HR 1,45 [1,09-1,93]), par rapport à ceux qui se situaient dans le quintile le plus bas.
  • Cette augmentation du risque n’apparaissait cependant pas linéaire, avec un effet seuil pour les quintiles 3 à 5 par rapport aux quintiles 1 et 2. Les taux situés au-dessus du 40e percentile étaient associés à une augmentation de 32% du risque de progression de la MRC et de 37% d’IRCT, par rapport aux taux situés au-dessous.
  • En revanche, aucune association n’a pu être décelée entre excrétion urinaire d’oxalate et la mortalité.

Limitations

Une seule mesure de l’excrétion urinaire d’oxalate a été prise en compte. Les concentrations urinaires de citrate et plasmatiques d’oxalate n’ont pas été mesurées.

Il n’était pas possible de déterminer si l’augmentation d’oxalate était liée à une augmentation de l’apport alimentaire, de la production métabolique ou de l’absorption intestinale, ou bien si elle était due à un effet de la maladie rénale en elle-même.