L’évolution de l’utilisation des contraceptifs a-t-elle contribué à la natalité ?

  • Bonnet C & al.
  • BMC Womens Health

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude française s’est intéressée à l’évolution de l’utilisation des contraceptifs entre 2010 et 2016 et à l’éventuel impact des alertes émises concernant les pilules de 3ème et 4ème génération sur l’évolution des naissances. Les résultats suggèrent que l’augmentation des naissances liée à un échec de contraception serait plutôt associée à l’utilisation non optimale d’une nouvelle méthode contraceptive et à un changement du profil des utilisatrices/utilisateurs qu’au recours à une méthode contraceptive moins efficace. 

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

En 2010, des données indiquaient que près d’un tiers des grossesses étaient non souhaitées et que 36% de celles-ci aboutissaient à une naissance. Ces grossesses non souhaitées étaient principalement le fait d’un mauvais usage de la pilule ou de l’utilisation de méthodes moins efficaces. En 2012, des signaux d’alerte ont été émis sur les risques de thromboses veineuses concernant les pilules de 3ème et 4ème génération. Ces annonces ont eu pour conséquence une diminution importante de l’utilisation de la pilule, en partie substituée par les préservatifs et les méthodes naturelles et par l’augmentation du recours à l’avortement.

Méthodologie

Cette étude a utilisé les résultats des enquêtes nationales périnatales françaises menées entre 2010 et 2016 qui ont recueilli durant une semaine des données sur toutes les naissances issues des maternités de France. Les femmes incluses devaient avoir accouché d’un enfant en vie, avoir utilisé un contraceptif et ne pas avoir eu un traitement contre l’infertilité. Des entretiens ont également été menés dans le service de maternité après l’accouchement, afin de recueillir des informations sur les pratiques contraceptives pré-conceptionnelles. Les femmes considérées en échec de contraception étaient celles qui ont interrompu leur contraception parce qu’elles étaient enceintes.

Résultats

Au total, 11.590 femmes ont été incluses en 2010 (âge moyen 29,7 ans) et 9.703 en 2016 (âge moyen 30,2 ans). 

Bien que la pilule soit la méthode contraceptive la plus utilisée en 2010 et 2016, son utilisation a chuté de 12,3% entre ces deux périodes. Parallèlement, une hausse de 4,6% de l’utilisation des stérilets et de 3,2% de l’utilisation des préservatifs a été notée. Même si l’utilisation de méthodes barrières ou naturelles a doublé entre 2010 et 2016, ce choix restait marginal puisqu’il ne concernait que 3,6% de la population en 2016.

Une immense proportion des femmes interrogées ont arrêté la pilule car elles souhaitaient être enceintes (79,5% en 2010 et 77,2% en 2016), et 13% l’ont arrêté pour cause médicale ou pour faible tolérance ou mauvaise observance. La proportion de naissances vivantes suite à un échec de contraception est passée de 7,8% en 2010 à 10,0% en 2016. Ces situations concernaient surtout des femmes jeunes, qui avaient déjà deux enfants ou plus et socialement défavorisées. Les tendances étaient les mêmes chez les moins de 30 ans et chez les 30 ans et plus. Après ajustement sur des données socio-démographiques, le risque d’échec de la contraception était 34% plus élevé en 2016 versus 2010 et 35% plus élevé après ajustement sur les méthodes contraceptives utilisées avant la grossesse. Ainsi, le changement de méthode ne permettait pas d’expliquer l’augmentation de 35% du risque de naissance après un échec contraceptif. Les modifications de comportement dans l’utilisation des contraceptifs et le changement de profil des femmes expliqueraient ces évolutions. 

Principales limitations

D’autres caractéristiques des utilisatrices ainsi que la durée d’utilisation d’un contraceptif peuvent induire des changements dans l’utilisation des contraceptifs, mais n’ont pas été considérées ici.