L’étude Framingham fête ses 70 ans cette année !


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Depuis 1948, l’étude Framingham suit des hommes et des femmes pour évaluer notamment le risque de développement de maladies cardiovasculaires. À l’époque, l’étude elle-même était innovante par son focus particulier sur les maladies cardiovasculaires et par son recrutement à parts égales entre les hommes et les femmes. Et pourtant… certains considéraient qu’il n’était pas utile d’inclure de femmes dans cette étude, puisque l’on pensait à l’époque qu’elles bénéficiaient de facteurs protecteurs de maladies cardiovasculaires non présents chez les hommes…. « Bien sûr, nous savons maintenant que les femmes meurent autant que les hommes de maladies cardiovasculaires […] Elles les développent un peu plus tard dans la vie, c’est pourquoi durant de nombreuses années nous avions cru que les maladies cardiaques étaient plutôt masculines », mentionne le Dr Daniel Levy, directeur de l’étude durant deux décennies, dans un éditorial de la revue JAMA. 
Quelles informations sur les maladies cardiovasculaires sont issues de cette étude ?

Les facteurs de risque de développement d’une maladie cardiovasculaire sont assez similaires pour les deux sexes. Du côté des chiffres, retenons qu’environ un homme sur deux et une femme sur trois aura un événement cardiovasculaire durant sa vie. L’évaluation des différentes générations a montré que le risque de maladie cardiaque, les hypertensions artérielles non-contrôlées, les dyslipidémies et le tabagisme avaient tendance à diminuer dans la dernière génération par rapport à la cohorte initiale. Daniel Levy mentionne un taux de mortalité par maladies cardiovasculaires et par AVC diminué aux États-Unis de 60 à 70% à la fois chez les hommes et chez les femmes au cours du suivi intergénérationnel. Le seul facteur qui n’a pas évolué dans le bon sens c’est l’obésité. Cela est préoccupant pour le futur du fait du doublement ou du triplement de l’obésité chez l’enfant, favorisant le développement du diabète de type 2, des dyslipidémies et de l’hypertension artérielle, ce qui pourrait annuler les bénéfices obtenus au cours des 50 dernières années…

L’étude Framingham a également contribué à mettre en évidence une augmentation du risque cardiovasculaire sous traitements hormonaux substitutifs (THS), l’étude WHI (Women’s Health Initiative) quelques années plus tard confirmera certaines de ces données et démontrera que les femmes ont un risque d’évènement cardiovasculaire et d’AVC plus important sous THS.

Framingham : des différences entre les hommes et les femmes ?

Les données de l’étude Framingham ont permis de mettre en évidence que les symptômes précoces des coronaropathies étaient différents entre les hommes et les femmes. Les hommes ayant plus souvent une présentation classique de la maladie avec douleur thoracique, alors que les femmes souffrent plus souvent d’une fatigue à l’effort. Le Dr Levy met en évidence cependant que la communauté médicale et le grand public ont peu conscience de ces différences. L’étude Framingham a également montré que l’hypertension artérielle était plus souvent associée à un risque d’insuffisance cardiaque chez la femme que chez l’homme. On sait maintenant que deux tiers des cas l’insuffisance cardiaque seraient associés à une fraction d’éjection diminuée. En revanche, chez la femme, la fraction d’éjection serait plus souvent préservée que chez l’homme, et l’hypertension artérielle serait un facteur favorisant l’insuffisance cardiaque plus important que chez l’homme.

La Framingham Genetic Study initie une nouvelle ère avec l’évaluation des facteurs de risques cardiovasculaires d’un point de vue génétique : quels gènes, quelles protéines, ou quelles voies métaboliques contribuent au développement des maladies cardiovasculaires chez les hommes et chez les femmes ? Ces données permettront de mieux identifier les sujets à risque cardiovasculaire et de proposer des stratégies thérapeutiques ciblées.