L’étude européenne EPIC révèle une association entre le potentiel inflammatoire de l’alimentation et les lymphomes

  • Solans M & al.
  • Eur J Nutr
  • 22 mars 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Les données obtenues auprès de plus de 470.000 européens issus de la cohorte EPIC ( European Investigation into Cancer and Nutrition ) permet de décrire une association significative mais modeste entre l’index inflammatoire de l’alimentation et le risque de lymphomes de type B, notamment les lymphomes non hodgkiniens (LNH). Aucune association n’existerait avec l’ensemble des lymphomes.

Ce résultat, issu d’un suivi de près de 14 ans, invite à poursuivre les investigations afin de mieux confirmer les liens existants entre l’alimentation, l’inflammation et l’apparition des cancers de la lymphe.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

L’inflammation chronique est connue pour jouer un rôle dans la carcinogenèse. Or, certaines composés alimentaires ont un impact sur différents médiateurs de l’inflammation. Aussi, des scores spécifiques permettant d’évaluer le potentiel inflammatoire moyen de l’alimentation ont été développés afin de pouvoir caractériser le risque associé aux comportements alimentaires. Cette étude est la première à s’intéresser de façon prospective à l’association entre ces scores inflammatoires alimentaires et le risque de lymphome au sein d’une large cohorte durant un temps prolongé.

Méthodologie

L’analyse menée à partir de la cohorte EPIC a rassemblé des personnes essentiellement âgées entre 30 et 70 ans sur la période 1992-2000. Tous ont été suivis de façon prospective, grâce à la réalisation de nombreuses évaluations. Dans ce travail, les données ont été extraites des questionnaires de fréquence de consommation alimentaire remplis par les participants réalisés à l’inclusion. Elles ont été intégrées au calcul du score inflammatoire alimentaire, validé par ailleurs, qui établit le potentiel inflammatoire de 28 composants contenus dans les aliments déclarés (sucres, graisses, vitamines...). Les cas de lymphome ont été recensés au sein des registres ou des bases de données existant au sein de chacun des 10 pays participants (dont la France).

Principaux résultats

  • La cohorte regroupait 476.160 personnes (70,1% de femmes, 51,2 ans et 25,4 kg/m² à l’inclusion, 49% de fumeurs) qui consommaient en moyenne 2.075 kCal/j, 5,3 g d’alcool par jour et qui étaient inactives dans 21% des cas. Au cours des 13,9 ans de suivi, 3.136 lymphomes ont été recensés.

  • Le score inflammatoire alimentaire n'était pas associé au risque global de lymphome (HR du quartile le plus élevé vs le plus faible : 1,07 [0,93; 1,22], p=0,34, avec un HR pour chaque augmentation de 1 DS :1,05 [1,00-1,11] p=0,06). L'âge, le sexe, l'IMC, le tabagisme et la consommation d'alcool ne modifiaient pas les associations entre l’index et le risque des différents lymphomes étudiés. Aucune différence n’était observée d’un pays à l’autre, hormis pour le lymphome diffus à grandes cellules B.

  • L’analyse menée par sous-types de lymphomes a montré une association entre le score et le risque de LNH (+6% pour chaque augmentation de 1 DS du score inflammatoire alimentaire [1,00-1,13], p=0,04) et celui de lymphomes à cellules B matures (+7% pour chaque augmentation de 1 DS du score [1,01-1,14], p=0,03). Aucune autre association statistiquement significative n'a été identifiée, si ce n’est entre le score et le risque de lymphome hodgkinien, mais le nombre absolu de cas étant faible (n=135), cette donnée doit être considérée avec prudence.

  • Enfin, l’exclusion de l'alcool du score inflammatoire alimentaire ou celle des cas diagnostiqués au cours des deux premières années de suivi n’ont pas modifié les conclusions précédentes.

Principales limitations

Les questionnaires portaient sur les habitudes alimentaires à l’inclusion, et les supplémentations alimentaires ou vitaminiques n’étaient pas incluses dans l’étude. Enfin, le faible nombre de cas incidents n’a pas permis d’étudier l’influence de l’alimentation sur certains sous-types de lymphomes.