L’épigénétique, le lien causal entre exposition in utero et poids de naissance ?

  • Küpers LK & al.
  • Nat Commun
  • 23 avr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Cette méta-analyse d’études d’association épigénome-entier a permis d’identifier 914 sites de méthylation différentielle associés au poids de naissance, à partir de l’ADN d’échantillons sanguins de nouveau-nés. Ces sites sont plus fréquemment représentés parmi ceux déjà connus pour être associés au tabagisme maternel ou à l’IMC de la mère avant la grossesse, mais pas parmi ceux associés aux taux de folate gestationnels. Ces résultats soutiennent l’hypothèse selon laquelle des mécanismes épigénétiques dépendant de l’exposition à certains facteurs maternels durant la vie intra-utérine pourraient rendre compte de l’impact sur le poids de naissance. Il n’est cependant pas impossible que ces mêmes facteurs puissent agir indépendamment, à la fois sur la méthylation de l’ADN du fœtus et sur le poids de naissance. D’autres études longitudinales de grande ampleur devront donc venir étayer le lien de causalité suggéré ici.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

L’exposition intra-utérine à différents facteurs maternels comme  le statut nutritionnel de la mère, le tabagisme, la survenue d’infection en cours de grossesse, etc. est connue pour avoir un impact sur le développement fœtal et le poids de naissance. Et on sait aujourd’hui que celui-ci influence la santé à des âges plus avancés de la vie. Pour expliquer ces phénomènes, un article paru récemment dans Nature Communicationfait l’hypothèse que l’environnement intra-utérin modifierait par des mécanismes épigénétiques l’ADN du fœtus durant la grossesse.

Méthodologie

Cette étude d’association épigénome-entier (Epigenome-wide Association Studies, EWAS) a pris en compte 8825 nouveau-nés issus des 24 cohortes de naissance du consortium Pregnancy And Childwood Epigenetics(majoritairement d’origine européenne). L’ADN sanguin des nouveau-nés a été analysé de façon à rechercher sur la totalité de l’épigénome l’existence de méthylations différentielles (sites Cytosine-phosphate-Guanine ou CpG) selon le poids de naissance (faible : 4000g). Puis ces sites de méthylation différentielle ont été comparés aux sites CpGs déjà connus pour être sensibles à l’exposition à certains facteurs intra-utérins (tabagisme, statut nutritionnel et IMC de la mère, taux de folate, etc.).

Résultats 

  • L’analyse de l’ensemble des sites de méthylation a permis d’en identifier 914, localisés près ou au sein de 729 gènes, associés au poids de naissance. Pour certains l’association était positive, c’est-à-dire que chaque gain du pourcentage de méthylation à ces sites était associé à un poids de naissance plus élevé, alors que pour d’autres, l’association était inverse.
  • Cette association entre site de méthylation différentielle et poids de naissance a ensuite été réévaluée durant l’enfance (2-13 ans), l’adolescence (16-18 ans) et à l’âge adulte (30-45 ans). Mais elle n’a que peu perduré, puisque l’association au poids de naissance n’a été conservée que pour moins de 1,3% d’entre eux à ces différents âges.
  • Par ailleurs, ces sites de méthylation différentielle étaient surreprésentés parmi les sites de méthylation déjà connus pour être associés au tabagisme maternel et étaient associés à un poids de naissance plus bas. L’association était inverse parmi ceux déjà connus comme étant associés à un IMC maternel plus important avant la grossesse (poids de naissance plus élevé). En revanche, aucun recoupement n’a pu être observé entre ces sites de méthylation différentielle et ceux connus pour être associés aux taux de folate gestationnels.