L’éosinopénie, marqueur de sepsis aux urgences

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Depuis quelques années, des études s'intéressent à l'éosinopénie comme marqueur prédictif d'infections. Il a été précédemment montré que ce paramètre permet de distinguer les syndromes inflammatoires liés à une infection et ceux liés à une maladie inflammatoire systémique ou à une néoplasie. D'autres études ont montré que l'éosinopénie pouvait faciliter le diagnostic de sepsis ainsi que celui d'infections bactériennes en service de réanimation. Une équipe française a voulu évaluer la pertinence de l'éosinopénie aux urgences.

Méthodologie
  • Étude monocentrique rétrospective conduite dans deux services d'urgences au CHU de Strasbourg.

  • Les sujets inclus étaient ceux ayant bénéficié d'une NFS lors de leur admission aux urgences. Les sujets traités par antibiothérapie ou pouvant présenter un taux d'éosinophiles modifié par une autre cause qu'une infection ont été exclus (immunosuppression, pathologie maligne, chimiothérapie antitumorale…).

  • Le diagnostic à la sortie de l'hospitalisation ou à l'issue du passage aux urgences et les données des analyses biologiques ont été recueillis et analysés. Les infections étaient classifiées selon leur nature et leur gravité clinique.

  • L'éosinopénie était définie par un taux circulant d'éosinophiles inférieur à 50/mm³ ; l'hyperleucocytose était objectivée par un taux circulant de leucocytes supérieur à 12.000 éléments/mm³.

  • La sensibilité, la spécificité, les valeurs prédictives positives et négatives ont été calculées pour chaque variable biologique étudiée.

Résultats

  • Au total, 692 sujets ayant bénéficié d'une NFS aux urgences ont été inclus dans l'analyse : parmi eux, 125 présentaient un sepsis et 567 une autre pathologie. Parmi ceux qui souffraient d'une infection, 108 n'avaient pas de critère de gravité, 16 souffraient d'un état de sepsis sévère et un patient était en état de choc septique.

  • Les variables de la formule leucocytaire étaient significativement différentes dans les deux groupes, avec un taux d'éosinophiles de 54/mm³ dans le groupe sepsis contre 130 dans l'autre groupe (p<0,001). Les taux de leucocytes, de polynucléaires et de monocytes étaient également supérieurs dans le groupe sepsis.

  • L’analyse en sous-groupe a montré que le taux d'éosinophiles était d'autant plus bas que le sepsis était sévère : 59/mm³ dans le groupe sepsis simple, 27/mm³ dans le groupe sévère et taux nul pour le patient en état de choc septique.

  • L'analyse statistique montre que le seuil de 10/mm3 apportait une spécificité prédictive de 91%. L’association de ce seuil à un taux de leucocytes supérieur à 10.500/mm3 offrait une spécificité prédictive de 96,7% et son association à une CRP supérieure à 40mg/L offrait, elle, une spécificité prédictive de 98,4%.

 Limitations
  • Il s'agissait d'une étude rétrospective, qui n'a pas permis de savoir si certains diagnostics de sepsis ont pu être posés après le passage aux urgences. À l'inverse, certains diagnostics de sepsis ont pu être révisés dans le temps.

  • La durée courte (1 mois) et le caractère monocentrique de l'étude demande à ce que les données soient confirmées par des études multicentriques de grande envergure.

À retenir

L'éosinopénie semble confirmer son intérêt en tant que marqueur prédictif de sepsis parmi la population reçue aux urgences et bénéficiant d'une NFS.